5 mai 2016

Le cauchemar Edgar Poe

Roman fantastique young adult de Polly Shulman, traduit par Karine Suhard-Guié, éditions Bayard.

Cela fait bien longtemps que je ne me suis pas frottée à l'exercice d'un retour détaillé et spécifique pour un titre de roman ; il a suffit d'un bel appât marketing pour me voir y revenir... j'ai en effet craqué sur les couvertures de la série de romans de Polly Shulman avant même de découvrir l'univers de l'auteur.
Pour être honnête, j'ai eu le premier tome, La malédiction Grimm, entre les mains en février dernier et je l'ai reposé en me promettant de l'acquérir plus tard... autant vous dire que j'en ai plus que jamais l'intention après la lecture du 3ème opus de l'auteur, Le cauchemar Edgar Poe, que j'ai reçu grâce à un partenariat entre le forum Mort-Sûre et les éditions Bayard. Partenariat sur lequel je me suis jetée comme un jack russell sur un jouet-qui-pouic et que j'ai été ravie de remporter. Surtout que je n'ai vraiment pas eu matière à le regretter !

Je suis vraiment fan de ces couvertures...
Si je tombais sur un tissu similaire, je ne répondrais de rien.


Avant tout, je m'excuse si ce retour de lecture est un peu décousu : comme toujours quand j'ai adoré me plonger dans l'imaginaire d'un auteur, j'ai tendance à pécher par excès d'enthousiasme... et de l'imagination, je peux vous assurer que Polly Shulman n'en manque pas.

Je pense d'ailleurs que j'ai particulièrement apprécié ma lecture parce que j'ai retrouvé, dans ce texte, les qualités de ceux de Diana Wynne Jones : une grande fraîcheur, un côté "décalé", parfois même "absurde", tout à fait assumé et exploité, tout en abordant des sujets de fond qui touchent, l'air de rien. Ces deux auteurs ont aussi pour point commun de faire preuve de bienveillance envers leurs personnages, lesquels sont attachants, pour ne pas dire adorables (gros coup de cœur pour la tante Hepzibah !) ou parfois tête à claques, mais personne n'est parfait ! Du coup, je me suis retrouvée avec, entre les mains, le genre même de roman que j'adore.
Un roman rempli de poésie qui emporte, ouvre des portes, émerveille, tout en restant un roman d'aventures et de découvertes, bien rythmé ; je n'avais pas envie de reposer le livre, parce que je voulais savoir ce que Sukie allait découvrir, de quelle façon ses relations avec ses proches et le personnel du Dépôt d'Objets Empruntables de la Ville de New York allaient évoluer... si elle sauverait le manoir familial ou non et de quelle façon elle allait s'attribuer ses propres particularités (sachant que pour celles-ci, dès le départ, le lecteur est mis dans le bain : Sukie n'est clairement pas la jeune fille "commune" dont elle donne l'image).

Il faut ajouter à cela que l'auteur de ce cauchemar-qui-n'en-est-pas-un glisse sans cesse des références à ses confrères, en particulier ceux du XIXème siècle, de façon toute naturelle, afin d'expliquer l'origine de certains objets fictifs devenus réels. L'un des passages du livre m'a d'ailleurs fait rire, lorsque les personnages se font des nœuds au cerveau (et moi avec...) entre ce qui est fictif, réel, et tentent de comprendre des situations pour le moins illogiques. Je vous le dis tout net, il ne faut pas en chercher, de la logique, si vous aimez les choses claires et rigoureuses et que vous n'êtes pas capables de déconnecter pour rentrer à pieds joints dans le manoir Thorne, vous resterez sur le palier.

De même, si vous cherchez de la pure romance young adult (basique et niaise) vous serez déçus, pourtant ce roman n'est pas dénué de sentiments, loin de là. Ils ne sont pas forcément là où on les attend, souvent subtils, parfois violents, car c'est avant tout une histoire de famille, une famille très étrange ; Sukie n'a pas fini, loin de là, d'en découvrir l'extraordinaire origine mais ce qui compte pour elle, au final, ne serait-ce pas d'accepter de laisser partir sa sœur ?

Après cette lecture qui a été en grand bol d'air frais, j'ai aussitôt mis la main sur L'expédition H. G. Wells, le tome précédent, que j'ai tout autant aimé. Il ne me reste plus qu'à lire La malédiction Grimm, ce qui ne saurait tarder !
Oui, je les lis dans le désordre... ce n'est pas un problème, car c'est la dernière grande qualité de cette série : là encore, je retrouve ce que j'aime chez Diana Wynne Jones, à savoir un univers cohérent, des personnages d'un tome en guest star dans un autre, pourtant chaque volume se suffit à lui-même et peut se découvrir comme un one shot. Vu que le 2ème volet est consacré aux voyages dans le temps, je me suis dit que je pouvais bien faire une entorse à la linéarité de ma lecture... et c'est passé comme une lettre à La Poste !

En résumé, je comprends que l'univers développé par Polly Shulman n'emporte pas tout le monde et que certains lecteurs ne partageront pas mon enthousiasme. Pour ma part, ses romans rejoignent mon étagère de livre "feel good" et je sais que je pourrai compter sur eux si j'ai besoin, un jour, de me remonter le moral en relisant une "valeur sûre".

Sukie n'a pas la vie facile : depuis le décès de sa sœur, dont le fantôme la suit partout, ses parents ont perdu leur emploi. Tous trois ont dû s'installer dans l'inquiétant manoir de la tante Hepzibah et, pour gagner quelques sous, ils vendent des babioles sur les brocantes. Un jour, deux jeunes gens les approchent, très intéressés par un balai tout à fait banal. Elizabeth et Andreas travaillent en fait pour le Dépôt d'Objets Empruntables de la Ville de New York, une extraordinaire bibliothèque n'accueillant que des objets qui ont marqué l'histoire ou la littérature. Or, ce balai n'est pas si ordinaire : il s'agit d'un balais volant issu d'un conte horrifique dont le décor est... le manoir où vit Sukie.

Les plus du roman :
- les clins d’œils et références aux classiques de la littérature fantastique américaine du XIXème,
- les personnages super attachants, un peu (beaucoup) décalés,
- les objets fictifs devenus réels (et les nœuds au cerveau qu'ils provoquent)

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