28 avril 2015

Jardinier ? Architecte ? Non, ch'suis Couturier moi, ma p'tite dame !

Quand j'ai commencé à voir fleurir les articles d'auteurs sur leur méthode d'écriture privilégiée, j'ai trouvé ça très intéressant. Surtout quand ont émergé les notions d'auteur "jardinier" et d'auteur "architecte" pour qualifier la conception d'un roman. Sauf que je ne me retrouvais ni dans l'une, ni dans l'autre. Pour rire, j'ai noté chez Aelys que je me sentais plus architecte-paysagiste, pour la peine.

Plus j'ai lu d'articles, toujours sur ce sujet, plus je me suis sentie en décalage. J'ai eu envie de dénoncer ces cases dans lesquelles on veut à tout prix tout faire tenir, parce que je n'aime pas ça, les cases. C'est le meilleur moyen de finir dans un tiroir.

(article pondu uniquement pour ressortir des photos de mes archives)
(oh la vilaine excuse !)

Cependant, je n'allais pas écrire un article ronchon, puisque j'ai promis à Elikya de ne pas me prendre au sérieux sur ce présent blog.
(vous pouvez donc remercier Elikya, au passage je rappelle que c'est une auteur génialissime qui va publier Iceltane d'ici peu, oui, c'est l'instant pub du jour, c'est mérité !)

N'empêche que, pour revenir à nos moutons, qu'ils soient jardiniers ou architectes... Je n'aime pas les cases.
Je reste persuadée que chaque auteur va développer son propre fonctionnement, ses propres méthodes, les faire évoluer, et parfois les adapter en fonction d'un projet donné. Il y a des tendances, certes, pourtant certains qui se prétendent jardinier ont en réalité si bien cogité leur projet d'écriture avant de le coucher sur papier qu'en fait ce sont de purs architectes, quand ceux qui se croient architectes parce qu'ils scénarisent tout se retrouvent avec un résultat tellement différent à l'arrivée que ce sont en fait des jardiniers qui se rassurent comme ils peuvent avant de se jeter à l'eau (bref, leur scénario, c'est juste une bouée, en fait ils nagent très bien le dos crawlé sans elle).


Pour moi l'écriture doit avant tout être fun. C'est ma règle n°1.

Si vraiment il faut que je compare mon fonctionnement à un corps de métier, je serai un auteur couturier.
Qui cela étonnera-t-il ? 
Quelque part, je fonctionne de façon intrinsèquement chaotique, pourtant j'ai remarqué des points communs entre ces deux activités.

La preuve en 10 points !...1. Je pars toujours d'un tuto ou d'un patron ; même si je n'ai qu'une vague idée de ce que je veux obtenir, au départ, je me pose.
1. En effet, il est illusoire d'attendre un sac à l'arrivée quand on a une robe en tête.
(quoique... je ne devrais pas être si affirmative, parce que ce sont des choses qui arrivent)
2. Donc, je farfouille, cogite et élabore ma base de travail ; ça va du tuto le plus minimaliste au patron le plus élaboré (pour être honnête, je n'ai pas encore expérimenté de patrons réellement élaborés, pas certaine d'être assez fortiche pour ça, mais vous voyez l'idée).
J'adapte mes outils au projet. En écriture, ça va de notes perdues sur des post-it, schémas sur des carnets, fichiers informatiques divers et variés, jusqu'au tableau avec découpes scènes... Quelle importance ?
3. Quand tout m'a l'air pas trop mal, je peux enfin choisir les tissus. Mon étape favorite.
Je peux choisir de les assortir ou au contraire jouer sur les contrastes. Je change d'avis 1000 fois pour certains projets, je sais au contraire immédiatement ce que je veux pour d'autres.
Parfois, c'est le tissu sur lequel j'ai eu un coup de coeur qui m'a fait développer le projet, parfois au contraire l'idée est là et je m'arrache les cheveux pour trouver les étoffes qui vont la mettre en valeur au mieux.
Les tissus sont comme les personnages... chacun son caractère, sa personnalité, ses forces et ses faiblesses. Il faut apprendre à composer avec, les respecter, savoir les forcer un peu, aussi. Et quand vraiment ça ne passe pas, en choisir un autre.
Il arrive que je me trompe. Il arrive aussi que j'ai de belles surprises.
4. Une fois le choix des tissus réalisé, je vérifie la mercerie. Je ne suis pas super fan de finitions chiadées en couture, en écriture non plus vous allez me dire, mais un peu plus quand même. Pour que tout se combine bien, il faut jouer sur les détails. Le bouton qui s'assortit à la doublure. Le fil qui se fondra dans le tissu, ou au contraire qui va ressortir dessus en s'accordant à un motif. La dentelle en appliqué ou des poches parfois bien cachées.
C'est important, les détails qui s'imbriquent bien comme il faut. C'est aussi ce qui fait le style (... ou son absence, vous dira Muse, pfff ! quelle garce !).
5. Ensuite, j'attaque le véritable travail. Couper les tissus. Les assembler. C'est gratifiant, le projet se concrétise, il prend forme. Parfois, j'en chie un peu (beaucoup) : une couture de travers à refaire, un assemblage que je ne parviens pas à réaliser car je ne comprends pas le tuto, je perds du temps, je m'énerve. Dans ces cas, je laisse de côté si je vois que ça ne passe pas, afin de prendre du recul et comprendre ce qui me bloque.
Une fois que j'ai pigé, je m'y remets.
Ce qui compte, c'est de terminer.
6. Et... ta-dam ! Je peux enfin essayer, vérifier si j'ai bien bossé.Parfois c'est le cas, je peux être fière de moi, juste quelques finitions à apporter et c'est du beau travail.
Parfois, c'est la cata. Pas du tout ce que j'avais en tête. Genre... une tunique aux manches informes, la taille trop large, le bassin trop étroit. Là, je râle.
Je râle après le tuto, le patron, le tissu, la machine à coudre... avant de réaliser que je suis fautive. Oups, je n'avais pas un peu oublié d'adapter les mesures, lààààà ?
7. Contrairement à ce qu'on pourrait croire, la réussite ne dépend par de l'apparente simplicité du projet. Parfois, je rate complètement quelque chose de simple, parce que j'ai été trop vite, ou que j'ai manqué une étape parce que je me sentais en terrain connu. Alors que je peux avoir de belles surprises sur des projets qui me poussaient pourtant en dehors de ma zone de confort.
Rien n'est jamais acquis.
8. Les corrections / finitions dépendent de chaque projet.Parfois, il y a juste de la mercerie à coudre et c'est fini.
Parfois, il faut tricher un peu pour cacher la misère, par exemple ajouter une poche pour camoufler un défaut dans la trame du tissu, une ceinture pour ajuster une taille trop bouffante.
Parfois, pas moyen... il faut défaire et refaire... ou même reprendre à zéro et tout recommencer.Et dans certains cas, il faut savoir abandonner le projet. Ce sont des choses qui arrivent !
9. La décision d'abandonner un projet est la plus difficile qui soit. Plus j'ai passé de temps dessus, plus elle est dure à prendre. Dans ce cas, il me faut vite passer à autre chose, repartir sur une meilleure base. Ne pas me décourager et, sourire aux lèvres, enthousiasme à bloc, motivation à fond, hop, je remets le pied à l'étrier, ou plutôt sur la pédale, pour travailler de nouveaux tissus.
10. Parce qu'au final, le seul truc qui compte, c'est de pouvoir se précipiter devant les copines, belles-mères, collègues, pour hurler un joyeux "C'est moi qui l'ai fait !"On sous-estime toujours l'importance de ce grand moment d'autosatisfaction créatrice.
Il reste des défauts ? On s'en fout ! Ce qui compte, c'est qu'ils n'étouffent pas les qualités.
Que le sac contienne plein de bazar...
Que le top soit joli et à la bonne taille...
... Que le roman fasse glousser mes amies.

Après, reste que muse me fournit plus d'idées de projets que je ne peux en écrire. Résultat, un beau bordel. Plein de matière. Pas forcément exploitable.


Et tout ranger et ordonnancer n'y change rien, c'est toujours là.
Ce qui n'est absolument pas un souci, puisqu'il suffit de fermer les portes et faire comme si le stock n'en était pas un.

Le plus important, à mes yeux, c'est de ne jamais perdre de vue le projet en cours.

Ni la règle numéro 1 : have fun !


9 commentaires:

  1. Promesse tenue, ceci n'est pas un article ronchon !
    Non, mais tu vas me faire rougir, là...
    Concernant l'écriture je suis une jardinière, mais pas trop désorganisée non plus. Je scénarise pas à l'avance, mais je sais à peu près où je vais.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Donc tu es plutôt une architecte qui ne planifie pas. ^^
      (ces appellations sont vraiment interprétables n'importe comment, en y mettant un peu de mauvaise foi)
      De rien pour la minute promo, il n'y a pas de quoi rougir.

      Supprimer
  2. Ah ben du coup, je me reconnais complètement dans le côté "jardinier mais qui a déjà tout cogité dans sa tête..." mais moi non plus je n'aime pas les cases...
    Rha !!! Iceltane ! La couverture est trop belle ! Encore un titre à rajouter à ma Wish List...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Entièrement d'accord, les cases, bof, Iceltane, superbe couverture ! (renversante...)

      Supprimer
  3. J'avoue que personnellement, bien que fan des appellations jardinier et architectes, je les ait toujours vu comme les extrêmes d'une échelles emplie de nuances. En gros, ce sont deux archétypes autour desquels s'agglomèrent toutes les variations possibles, un peu comme pour des personnages.
    Bref, chouette article, j'aime bien voir l'approche des autres. Et sacrés réserves de tissus dans ton chez toi aussi. :p

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci miss ! Là, côté réserve de tissus, c'est la partie apparente de l'iceberg.
      J'ai les 2/3 d'une armoire + 2 grandes boîte + un grand sac (achats de l'hiver dernier que je n'ai pas pris le temps de laver et que je ne sais de toute façon pas où ranger ; ça craint vraiment).

      Supprimer
  4. Tu viens d'inaugurer le monde des auteurs-couturier(e)s, bravo ;)
    Merci à Elikya car ce n'est pas un article ronchon, il est amusant, intéressant et pas du tout décousu ^^
    (ceci dit, sans être un fan absolu des étiquettes, je me suis approprié celle de jardinier pour deux raisons : 1- parce qu'elle me va comme un gant, 2- parce que quitte à ce que je me retrouve avec des étiquettes sur le dos, je les choisis moi-même :) )

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Excellent état d'esprit ! C'est clair que quitte à entrer dans une case, autant choisir celle qui nous correspond le plus.

      Supprimer
  5. Auteur-couturier!! J'aime beaucoup le concept!

    RépondreSupprimer