30 octobre 2014

Là où naissent les nuages

Roman contemporain jeunesse d'Annelise Heurtier, éditions Casterman.

Je l'avoue, j'ai acheté ce roman... à cause de sa couverture.
Ce n'est pas la première fois que je suis victime du packaging d'un éditeur, mais c'est très certainemenet la première fois que j'ai aussi peu eu l'occasion de le regretter car j'ai adoré ce court roman contemporain (rien à voir avec Beautiful disaster, qui est vraiment une sombre daube que je regrette d'avoir payée).

Donc je n'ai pas nourri le moindre regret concernant l'achat impulsif de Là où naissent les nuages, d'autant plus que ce roman m'a surprise...
En effet, en lisant la quatrième de couverture, j'ai entamé ma lecture en pensant que je suivrais le voyage humanitaire d'Amélia en compagnie de son père, dans les traces de ses parents... et en fait pas du tout car, par la force des choses, Amélia se retrouve à se rendre toute seule en Mongolie, elle qui n'a jamais quitté son petit confort, qui entretient sa boulimie le plus consciencieusement du monde et souffre d'un véritable complexe vis-à-vis de ses parents si beaux et parfaits, sa mère en particulier.

Ce qui frappe le plus, dès les premières lignes, c'est la lucidité d'Amélia, son incroyable maturité face à sa relation aux autres et à ses propres soucis. Surtout qu'elle a conscience de les entretenir et qu'elle les assume presque (du moins en apparence). Se sentant gauche, maladroite et sans intérêt, elle se cache derrière un surpoids créé de toute pièce, comme une protection contre le regard des autres, leur jugement.


Il faut dire qu'Amélia adore ses parents autant qu'elle les envie et... se demande comment ils ont pu avoir une fille comme elle, si bourrée d'imperfections qu'ils ne possèdent pas. D'autant plus qu'elle ne se retrouve pas du tout dans leur passé de vadrouilleurs, adeptes de l'humanitaire, elle qui préfère jouer les petites souris casanière. Elle voue donc une admiration sincère à ses parents, tout en se sentant complètement en décalage avec eux, leurs valeurs, à la limite de la "fille indigne" qu'elle n'est pourtant pas.
Autant dire que son arrivée en Mongolie ne va pas se faire toute seule et que, forcément, elle en reviendra changée... avec quelques comptes à régler, aussi, pour enfin sortir de sa chrysalide et pouvoir devenir adulte.

Là où naissent les nuages est un très beau roman, au style fluide, qui se boit comme du petit lait, surprend et émeut. Je me suis terriblement attachée à Amélia, à sa quête d'elle-même, ses doutes. Tous les détails sur ce qu'elle découvre et vit à l'orphelinat sont touchants et même, pour certains, percutants. Les gens qu'elle y rencontre sont eux aussi hyper attachants par leur intégrité, leur humanité et leur investissement. Sans même parler des enfants, en particulier le petit garçon traumatisé dont Amélia va suivre l'évolution et l'adoption par un clan nomade, ce qui permettra à l'enfant de se reconstruire au coeur même de sa culture (le message à ce sujet comporte beaucoup de justesse). 
Du coup, j'ai acquis un autre roman de l'auteur, Sweet Sixteen, qui a beaucoup plu à d'autres lectrices et qui me semble une valeur sûre... dans un tout autre registre.

Mon père m'a attrapée par les épaules. 
- Viens avec moi. Un voyage humanitaire, c'est le genre d'expérience qui marque une vie entière.
Putain, il me faisait chier, avec sa Mongolie. Une voix a retenti, une voix de petite fille qui veut plaire à son père qui veut se prouver qu'elle n'est pas si nulle qu'elle ressemble un peu à sa mère un peu un tout petit peu : 
- Pourquoi pas. 
Je ne pouvais pas y croire. Et pourtant si. C'est moi qui avais parlé.

Les plus du roman :
- l'illustration du mal-être adolescent
- le rendu de la problématique de la relation mère-fille
- le voyage initiatique à l'autre bout du monde
- la grande humanité du texte

4 commentaires:

  1. Merci pour ce joli commentaire ! Je pense que mon "Carnet Rouge" vous plairait aussi ! ;-)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Oh, merci pour votre passage ! Je place donc "Carnet Rouge" en wish-list. :)

      Supprimer
  2. Ce livre me fait tellement enviiie *w*
    J'ai déjà lu "Carnet rouge" de l'auteur que j'ai ad-oré !
    Merci pour cette belle chronique, elle me donne vraiment envie^^

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. "Carnet rouge" est encore en wish-list de mon côté, par contre j'ai "Sweet sixteen" dans la mire car il est toujours dans ma pile à lire.
      Sincèrement, je ne peux que te conseiller de mettre la main sur "Là où naissent les nuages". En plus, la couverture est vraiment belle (plus je la regarde, plus je l'aime !).

      Supprimer