31 octobre 2014

Belle époque

Roman historique d'Elizatbeth Ross, traduit par Madelaine Nasalik, éditions Robert Laffont.

J'ai reçu Belle époque grâce au swap Passions du forum Au Boudoir Ecarlate. J'ai ainsi pu découvrir un magnifique roman, aussi beau à l'intérieur qu'à l'extérieur, et c'est important, car la "beauté" en est l'un des sujets principaux.

Je ne vais pas mentir, Belle époque fait partie de mes coups de coeur 2014, je me suis laissée entraînée par la plume de l'auteur qui a parfaitement documenté ce roman historique et échappé à bien des poncifs et clichés sur la Belle époque (le titre du roman ne pouvait pas être mieux choisi, vu sa thématique, il est doublement approprié). 

Le postulat de départ d'Elizabeth Ross est simple : inspirée par une nouvelle d'Emile Zola (que l'on peut lire en fin d'ouvrage), elle a décidé de suivre le parcours d'une apprentie "repoussoir", à savoir Maude, une jeune fille quelconque, plutôt laide, qui va servir à mettre en valeur une jeune fille de l'aristocratie afin d'aider celle-ci à réussir sa première saison et son entrée dans le monde.
Autrement dit, vu l'époque, à attirer un bon parti et faire un beau mariage.
Le métier de repoussoir a le vent en poupe et rapporte à l'agence qui le gère, car des femmes de tout âge y font en réalité appel, dans la seule optique d'être valorisées. Et ce rôle est dur, il ne faut pas faire l'erreur d'oublier quelle est sa propre place et la cruauté dont peuvent faire preuve certaines clientes... promptes à reprendre encore plus que ce qu'elles ont donné.
Même prévenue, Maude en fera les frais.


Ce roman soulève bien des questions... tout d'abord pour Maude, qui bien que quelconque, apprend à ne pas s'arrêter à la surface des choses, d'autant plus qu'elle découvre le foisonnement artistique de Paris et sa propre sensibilité en la matière. Elle n'est pas belle, certes, mais se réduit-elle à cela ? La "laideur" des autres repoussoirs avec lesquelles elle travaille retire-t-elle leur valeur à ces femmes pleines d'esprit, généreuses, créatives, dont certaines deviennent des amies ?
Les défauts s'effacent devant les véritables qualités, pas seulement pour ces femmes mais aussi pour d'autres personnages tout aussi importants. Et lorsque Maude se prend de passion pour la photographie, cela semble couler de source ; cet art qui permet de sublimer l'autre, de montrer ce que l'on voit de beau autour de soi est fait pour elle.

Puis il y a cette amitié que Maude développe avec Isabelle, alors qu'elle la trompe à la demande de sa mère. La jeune bretonne tout droit débarquée de sa campagne apprend à aimer, presque malgré elle et après un début difficile, la jeune et magnifique aristocrate. Isabelle est prisonnière de son rang, en conflit ouvert avec sa mère qui ne voit en elle qu'une belle jeune fille qu'il faut marier vite et bien... alors que celle-ci est passionnée de sciences, curieuse et avide d'autonomie. En résumé, absolument pas attirée par l'idée même de se retrouver coincée dans un mariage d'intérêt, et réduite à sa seule beauté. Comme elle le souligne elle-même, la révolution qui a eu lieu un siècle plus tôt n'a rien changé pour les filles de sa condition, qui n'ont aucune liberté. Le rêve le plus cher d'Isabelle étant d'obtenir le baccalauréat et d'étudier, dans une société très dure pour les femmes, sa volonté force le respect de Maude. Tout en suivant l'évolution de leur relation, on se demande de quelle façon elles vont bien réussir à s'entraider... alors que la comtesse Dubern intrigue en coulisses, prête à frapper au coeur afin de conserver la maîtrise de l'avenir de sa fille.


Lorsque Maude Pichon s'enfuit de sa Bretagne natale pour échapper à un mariage dont elle ne veut pas, elle monte à Paris, ville-lumière en ébullition à la veille de l'exposition universelle de 1889.

Hélas, ses illusions romantiques s'y évanouissent aussi rapidement que ses maigres économies. Elle est désespérément à la recherche d'un emploi quand elle tombe sur une petite annonce inhabituelle : "On demande de jeunes filles laides pour faire un ouvrage facile". 

L'Agence Durandeau propose en effet à ses clients un service unique en son genre : le repoussoir. Son slogan ? "Louez un faire-valoir, vous en deviendrez d'emblée plus attirante"
Etranglée par la misère, Maude postule... Monsieur Durandeau a déjà amassé une petite fortune grâce à sa riche clientèle, et quand la Comtesse Dubern vient chercher une compagne pour Isabelle, sa fille aux idées bien arrêtées, Maude est immédiatement choisie comme faire-valoir idéal. 
Mais Isabelle ne sait pas que sa nouvelle "amie" n'est en fait que de location, et l'existence de Maude au sein de l'aristocratie repose entièrement sur sa capacité à garder ce lourd secret. 
Pourtant, plus elle en apprend sur Isabelle, et plus sa loyauté envers la Comtesse est mise à l'épreuve. Et plus la tromperie dure dans le temps, plus Maude aura à perdre..


Les plus de ce roman :
- le contexte historique exploité sans mièvrerie
- la visite des différentes facettes de Paris
- la partie bohème et artistique de celle-ci
- l'amitié entre les différents personnages
- la personnalité des jeunes filles et des "repoussoirs"

7 commentaires:

  1. j'avoue que j'étais très curieuse de découvrir le roman quand j'ai vu la couverture puis au final le résumé m'a un peu ralenti. Peut-être que j'ai fait une erreur et il faudrait que je tente ça !

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    1. Tout dépend ce que tu aimes lire, mais si tu apprécies l'historique pur et les personnages proches des lecteurs, n'hésite pas.
      En tout cas, je n'ai pas regretté cette plongée dans les codes de l'époque, j'ai adoré ce roman (et je ne suis peut-être pas super objective, du coup).

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  2. Je préfère vraiment quand tu parles de couture. Tu viens de me rappeler que j'avais noté ce titre en me disant que ça pourrait être sympa de le lire. Et là, maintenant, tout de suite, à cause de toi, je me dis qu'il FAUT que je le lise.... grrrr

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    1. Oups... bon, finalement, après mon commentaire sur La Passe-miroir, je commence quand même à avoir mauvaise conscience. Pourtant, c'est pour la bonne cause ! Si si ! promis !
      En plus, c'est titres là ne poseraient aucun problème aux Dieux des trucs et des machins, je t'assure... aucun risque qu'ils figurent sur leur liste officielle de romans "déviants". :))

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    2. Ah mais je proteste: sur la liste-noire-des-livres-interdits ne figurent pas que des livres déviants... C'est justement là le problème...
      Et j'espère bien que tu as mauvaise conscience, tu peux hein!! lol

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  3. Un super roman que j'ai lu il y a quelques mois !! J'ai beaucoup aimé le personnage de Maude, très attachant, et l'histoire est très bien écrite !

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    1. Avec le recul, je conserve toujours beaucoup de tendresse pour les personnages de ce roman. C'est vraiment sa grande force. Et tu as raison, Maude est particulièrement attachante.

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