2 juillet 2014

Quelques lignes à partager sur l’écriture

Partout sur le web fleurissent des conseils d’auteurs. J’avoue que je ne me sens pas super légitime pour en donner. Pas sur ce blog en tout cas.

En effet, quand j’écris, je me plonge dans mon histoire et je n’arrive pas à « appliquer des règles ». Celles-ci sont plus faciles à exploiter, pour moi, dans le cadre de la bêta-lecture et des corrections. Avec du recul et dans le cadre de l’établissement d’un diagnostic (qu’il faut bien poser et argumenter).
Je trouve qu’il est beaucoup plus facile de pointer du doigt avec précision sur du concret.
Je ne suis pas un esprit conceptuel (même s’il m’arrive de bien faire semblant, parfois, au point de bluffer mon monde ; ne vous laissez pas avoir).
Si je cogite aux 1001 règles qu’un auteur peut / doit appliquer pendant que j’écris, je n’arrive à rien (moui, j’ai un petit côté mono tâche, j’avoue).

Par contre, j’ai quelques lignes de conduite que je peux partager. Elles ne cassent pas trois pattes à un canard et vous en ferez ce que vous voudrez. Je n’impose rien car c’est principalement issu de mon expérience personnelle.

1-       Trouvez votre propre rythme

Il n’y a pas de règle en matière de rythme d’écriture, d’horaires et de temps à y consacrer. Cessez-donc d’essayer d’appliquer ce qui fonctionne pour d’autres si cela ne vous convient pas, surtout si les autres en question sont des auteurs pro : ils n’ont pas les mêmes contraintes que vous.
Respectez votre propre physiologie, comprenez votre fonctionnement, et ne soyez pas figés dessus car vous évoluerez au fil de temps.
Il y a des auteurs qui ont besoin d’écrire un peu, tout le temps.
D’autres ont besoin d’écrire beaucoup, d’un coup, sur des périodes brèves et définies.
Certains auteurs sont du matin et se lèvent tôt afin de profiter du calme pour avancer.
D'autres sont noctambules, ils attendent que tout le monde soit couché pour travailler.
Vous pouvez vous situer n’importe où entre ces extrêmes : trouvez votre propre rythme.

2-      Aménagez votre jardin secret

Le souci principal d’écrire sur son temps libre, c’est de s’aménager des plages de travail et de les faire respecter à son entourage.
Aménagez-vous un bureau et apprenez à votre entourage à ne pas vous déranger, sauf en cas d’urgence. Définissez au besoin avec vos proches ce qu’est une urgence. Bon courage si vous leur avez appris à ne plus respirer sans vous. Pourtant, je vous l’assure, l’autonomie, c’est le bien ! Laissez-les se démerder un peu.
Dans la même lignée, n’attendez pas forcément ni reconnaissance ni intérêt de leur part. C’est VOTRE passion, pas forcément la-leur. Ne les gonflez pas avec vos textes si ça ne les intéresse pas. Retournez bosser, plutôt.

3-      Donnez-vous les moyens de vos ambitions

Sachez ce que vous voulez et respectez-le. De toute façon, vous pourrez toujours changer d’avis. À tout moment. Conservez en tête que vous êtes libres : c’est à vous seul de définir vos limites. Simplement, soyez honnête et assumez vos choix en conséquence.
Vous voulez être édité ? Renseignez-vous sur ce que recherchent les éditeurs, créez votre réseau, etc.
Vous voulez vous faire plaisir avant tout ? Rien ne vous en empêche !
Votre objectif, c’est l’écriture d’une multilogie en 10 tomes, sans compter les préquelles ? Si vous êtes prêts à y consacrer les 15 prochaines années de votre vie, qu’est-ce qui vous retient ?
Vous préférez les projets vite écrits, vite corrigés, vite partagés ? Adoptez les formats courts, apprenez à écrire des nouvelles ou des novellas.
Vous préférez lire ? Qu’est-ce que vous fichez encore ici !? Quittez cet article, allez traîner sur Babelio, Livraddict et sur les forums de communautés de lecteurs.

4-      Finissez ce que vous commencez

C’est une question de bon sens : quand on ne termine jamais rien, il y a un souci. Peut-être lié aux moyens que vous vous donnez par rapport au résultat attendu (cf point précédent).
Après…

5-      Apprenez à abandonner

Parfois, il faut savoir se faire une raison.
Ce qui peut demander beaucoup de courage, surtout quand vous avez des proches qui nourrissent de l’ambition à votre place ou bien se sentent obligés de vous empêcher de prendre la décision qui s’impose, alors que ce n’est pas leur projet et qu’ils n’ont pas toutes les billes en main. Restez maître de vos choix, même les plus délicats. Surtout que l’écriture possède ceci de formidable que vous pourrez toujours revenir en arrière par la suite.
Un conseil : quand vous abandonnez un projet, analysez la raison, argumentez-la, sachez pourquoi vous avez échoué afin d’en nourrir votre expérience et de mieux aborder les projets suivants, afin de les menez à terme.
Sachez abandonner pour de bonnes raisons.

6-      Laissez poser vos textes

Et faites les bêta-lire. Par plusieurs personnes autant que possible.
Un texte tout neuf, même si vous l’avez relu avec attention, même si vous l’avez corrigé au fil de l’écriture, sera toujours brut de décoffrage et aura besoin de mûrir, d’être retravaillé.
En particulier si vous participez à des appels à textes, c’est statistique : un texte trop frais n’a quasi aucune chance de faire le poids face à la concurrence de textes plus aboutis.
Sauf si vous êtes un petit génie, mais dans ce cas, je me demande ce que vous faites sur ce blog.

7-      Si c’est dans votre nature, culpabilisez, doutez, et arrêtez de vous justifier

Parce ce que cela fait partie du process de création. Il faut se faire une raison.
Par contre, si vous y êtes sujet, ne vous laissez pas bouffer par ça. Apprenez à canaliser vos angoisses, à vivre en dehors de vos projets, sortez, prenez l’air, nourrissez-vous d’une multitude d’expériences. Ce sera toujours plus gratifiant et enrichissant que de noyer son spleen dans l’alcool (d’ailleurs, ne cédez pas à la sirène du mythe de l’écrivain alcoolique, il est surfait) (enfin, ne tombez pas dans l'excès non plus : ne vous refusez jamais un verre de bon vin quand l'occasion se présente, si vous appréciez).
L’écriture est une passion souvent ingrate, accrochez-vous aux petits bonheurs qu’elle vous apporte et ne les perdez pas en cours de route.
Sauf si votre trip, c’est d’écrire dans la douleur, mais là encore, je me demande comment vous vous êtes retrouvés ici.

8-     Découvrez puis travaillez votre voix / ton

Rien ni personne ne le fera pour vous. Faites vos propres expériences en la matière.
Ne perdez pas de vue que pour partager un texte, il ne faut pas être seulement auteur, écrivain. Il faut aussi être conteur.
C’est même le plus important, à mon sens. Vous pouvez avoir la meilleure technique qui soit, si vous ne savez pas partager vos histoires, vous risquez vite de vous retrouver coincé dans une impasse.
Je vais être honnête, j’estime que tout le monde n’a pas la capacité de partager une histoire. Les idées, la technique, la bonne volonté, ça ne suffit pas.

9-      Mettez vos tripes dans vos textes, mais point trop n’en faut

Tout dépend, certes, de ce que vous écrivez. J’en reviens simplement à ce que j’ai esquissé dans le point précédent.
Si, en vous relisant, vous n’éprouvez rien, ne vous attendez pas à ce que vos lecteurs ressentent des émotions.
Pour autant, n’en abusez pas. Le mieux est l’ennemi du bien, gardez toujours ce principe en tête. En particulier, évitez de vous acharner gratuitement sur vos personnages en pensant que ça va les rendre plus attachants. Si vous en arrivez-là, c’est que vous avez raté quelque chose.
Après, j’ai conscience que ce n’est pas toujours évident de savoir à quel moment on tombe dans le travers.

10-  Déterminez les enjeux de vos projets… et offrez-les à vos lecteurs dès le début

Ce principe, je l’ai appris « à la dure », j’y suis maintenant de plus en plus sensible. Vos lecteurs ont besoin de savoir dans quoi ils s’embarquent. Un début de roman, ce n’est pas uniquement de la présentation de personnages, de la description de décors, de la mise en contexte, de l’histoire, de la géo-politique ou que sais-je encore.
C’est avant tout des enjeux, des conflits, qui doivent êtes établis assez vite et clairement pour que vos lecteurs sachent dans quelle direction vous les emmenez. Vous devez leur donner envie de vous suivre.
Cela n’empêche nullement, par la suite, qu’il y ait du suspens, des retournements de situation, de l’ironie dramatique, et que sais-je encore. Vous devez trouver le bon grain à donner à moudre dans les premières pages de façon à ce que tout se pose là…

En résumé, si je ne suis pas claire… agrippez vos lecteurs et ne les lâchez plus !


10 commentaires:

  1. Je me retrouve dans pas mal de points ! Et c'est vrai qu'il n'y a pas de recettes toutes faites. Bel article !

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    1. Merci ! C'est un peu décousu mais j'avais envie d'aborder ces points. Pour certains, j'ai encore du mal moi-même à m'y tenir, donc j'ai encore du boulot.
      Petit à petit, ça rentre.

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  2. Très chouettes conseils ! Je les trouve bien, et ils laissent, justement, le scribouilleur trouver son rythme :) je me les note dans un coin, tiens, c'est toujours utile de se rappeler certains trucs ;)
    Merci pour ces conseils !

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    1. De rien, si cela peut être utile, alors ça valait le coup que je passe un peu de temps sur cet article.

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  3. Beaucoup de bon sens dans cet article!! Cela permet de "dédramatiser" l'écriture! Merci beaucoup!

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    1. Tout à fait ! Vive la dédramatisation !

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  4. De beaux conseils ! J’émets juste un commentaire sur ce point :

    "Votre objectif, c’est l’écriture d’une multilogie en 10 tomes, sans compter les préquelles ? Si vous êtes prêts à y consacrer les 15 prochaines années de votre vie, qu’est-ce qui vous retient ? »

    En ce qui me concerne (et ça n’engage que moi), si c’était à refaire, je n’aurais pas commencé par l’écriture d'une trilogie. Je trouve qu’éditorialement, c’est beaucoup plus compliqué à soumettre. A la limite, j’aurais écrit seulement les deux premiers tomes. Je trouve que pour un bébé écrivain (et je m’inclus bien sûr dans le constat), c’est un immense travail, incertain : que faire si, après dix années de travail, la saga n’est pas publiée ? Le risque, c’est de s’écoeurer à vie de l’écriture (et surtout de la réécriture à mesure que le premier tome est modifié, snif…). Je pense que l’idéal, c’est de commencer par un one shot. Ainsi, s’il n’est pas publié, cela ne prête pas à conséquences car peu de premiers romans bénéficient d’une sortie éditoriale. Mais sinon pour le reste, je suis entièrement d’accord avec toi, merci pour ce bel article ;)

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    1. Cela tombe bien que tu rebondisses pile sur ce point-là, car justement, je me demandais si quelqu'un le ferait !
      Alors je précise : là je parle d'écriture, pas d'édition. Comprends-tu ce que je veux dire ? Sais-tu la différence entre les deux ? Pour ma part, je sépare complètement les deux phases.

      De nouveau, j'insiste (et je suis en pleine discussion avec Scipion à ce sujet, donc en plein dedans, ça tombe bien) : il faut corréler ses moyens et ses ambitions.

      Donc, je reformule : rien ne vous empêche de passer 15 ans de votre vie sur la rédaction d'une énorme multilogie.
      Par contre, si votre objectif est d'être un auteur publié, ou mieux, un auteur qui vit de ses publications, est-ce une stratégie viable ?

      Quand on veut être édité, et plus encore en vivre, il faut se créer un réseau, échanger avec des acteurs du milieu éditorial et monter ses projets en conséquence, au moins en partie (parce qu'il faut quand même se faire plaisir, n'est-ce pas ?).

      Donc merci pour ta remarque, qui m'a permis de développer cette partie-là. ;)

      Pour ma part, je me contente de tenir un objectif personnel d'un roman par an. C'est cool, cette année, il est déjà dépassé ! Reste que pour 2014, je veux quand même terminer le 2ème roman que j'ai débuté, pour le fun.
      Par contre, je sais pertinemment que ce que j'écris a très peu de chances d'être édité. Je l'assume, parce que je préfère écrire ce qui me plait.

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  5. Passionnée de lecture, d'écriture, et que toutes les réflexions autour, ce post résonne très très fort en moi.
    C'est très juste, ce que tu dis. Je suis entièrement d'accord, même s'il y a certains points que j'aurais eu du mal à exprimer par moi-même. Merci.

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    1. De rien ! Après, il est certain que chacun fait en fonction de son expérience, mais si ça peut aider un peu de partager celle-ci, autant ne pas hésiter.

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