5 mai 2014

Zoo City

Roman uchronique de Lauren Beukes, traduit par Laurent Philibert-Caillat, éditions Presses de la Cité.

Zoo City, ça a d'abord été un coup de foudre pour une couverture... le pitch me plaisait, mais ne sachant pas trop si le roman était pour moi, je l'avais reposé tout en le conservant en tête. Ayant lu l'enthousiasme de Stef' et Booz dessus, je-ne-sais-plus-où sur le forum CoCyclics, je me suis décidée à acquérir le titre lors d'un nouveau passage en librairie (soulagée qu'il soit encore en rayon).
J'étais prévenue, surtout si Booz avait aimé : ce n'était pas un roman tendre. Ce qui explique sans doute que j'ai mis presque 4 mois à me décider à le sortir de ma pile à lire.
Ce qui n'empêche pas que j'ai adoré, Zoo City est un coup de coeur. Le concept est génial et parfaitement exploité par l'auteur, tout en servant un bon thriller qui prend aux tripes. Pas que l'intrigue soit "extraordinaire", c'est mieux que ça, elle est maîtrisée et la fin du roman ouvre sur une perspective qui fait froid dans le dos.
Bienvenue à Johannesburg, ses bars, ses clubs, ses ghettos pour riches, ses putes et son quartier Zoo...


Comme je le disais, le roman n'est pas tendre. Déjà, se déroulant en Afrique du Sud, la violence et l'insécurité sont omni-présentes. De plus, l'auteur a développé un concept uchronique auquel j'ai complètement adhéré : dans son univers, très similaire au nôtre, les personnes qui ont une mort sur la conscience sont victimes d'un phénomène étrange, dont les premiers cas remonteraient aux années 1980 : un animal "apparait" et ne les quitte plus, entrant en symbiose avec elles.
Les conséquences de l'apparition de ces "criminels animalés" sont énormes. La question de la rédemption se pose : est-elle encore possible ?... car même après avoir "payé leur dette" en prison, les zoos restent identifiables puisqu'ils nouent une relation d'interdépendance avec leur symbiote.
J'ai d'ailleurs beaucoup aimé les encarts employés par l'auteur pour enrichir son roman, permettant ainsi d'en savoir plus sur le phénomène et ses impacts sociaux, ce qui permet de creuser / développer cet univers identique au nôtre et que seul ce "détail" modifie.

C'est dans ce cadre qu'évolue Zinzi, elle-même animalée, portant Paresseux comme un précieux sac à dos, dont elle prend soin et qu'elle apprécie, même s'il pue un peu... Zinzi a la mort de son frère sur la conscience, un passé de junkie prête à tout pour avoir sa dose, 3 années de taule et vit, depuis sa libération, dans le quartier zoo de Johannesburg.
Chaque animalé possède aussi un "don", sur lequel il a tendance à tricher / mentir, en fonction des avantages ou des ennuis qu'il peut lui attirer. Zinzi trouve les objets perdus... elle peut en faire autant avec les personnes mais s'y refuse. Elle survit tant bien que mal en exploitant son don, afin de retrouver des clés, des téléphones, etc. Le tout en continuant à développer des arnaques à la nigérienne (arnaque web) pour rembourser les dettes contractées auprès de dealers quand elle était encore dépendante. Si elle ne l'est plus, accro à la drogue, c'est uniquement parce que les trois années de prison lui ont servi de cure de désintoxication (façon méthode dure).

Le roman débute avec la mort d'une cliente de Zinzi, qui devait lui rapporter une bague. Mort violente, cet assassinat prive surtout la jeune femme d'une source de revenus, sans parler du fait qu'elle est forcément suspectée. Elle est alors approchée par deux animalés qui veulent la recruter pour retrouver quelqu'un. Zinzi refuse tout d'abord, puisque ce n'est pas son buziness, mais finira par accepter et rencontrer leur patron. Un producteur étrange, malade, qui veut retrouver une de ses chanteuses, une adolescente qui a disparu depuis quelques jours.
Zinzi va donc commencer son enquête pour retrouver la pop-star, commençant par approcher le jumeau, avec lequel elle chante en duo, et leur groupe d'amis. Très vite, la question se pose de savoir si la gamine a vraiment disparu et qu'elle est sa véritable motivation, sachant qu'elle est loin d'être aussi innocente que certains le voudraient.
En parallèle, les journaux remonte des faits divers sordides, mais dont tout le monde se moque : qui s'inquiète de ce que peuvent devenir les animalés ? Zinzi la première ne s'en préoccupe pas, ce qui l'intéresse dans les journaux, c'est l'aide que pourront lui offrir d'anciens collègues, vu qu'elle était journaliste avant sa déchéance.
Entre chute de ses dernières illusions, évolution personnelle, tricheries, mensonges et faux semblants, Zinzi va découvrir, petit à petit, un trafic bien plus sordide que l'objet de son enquête, qui va soulever des problématiques qui la touchent, elle et les autres zoos, en priorité... et là, je n'en dirai pas davantage, car ce serait criminel de ma part.

Si vous n'avez pas peur des thrillers sombres et que le concept d'être humain animalé ne vous rebute pas, n'hésitez surtout pas à lire ce roman.
Ancienne journaliste et ex-junkie, Zinzi habite Zoo City, un quartier de Johannesburg peuplé de criminels obligés de vivre avec un animal à leur charge. Si l'animal meurt, son propriétaire aussi. " Animalée " après la mort de son frère dont elle se sent responsable, Zinzi est affublée d'un paresseux symbiotique qui a élu domicile sur son dos. Elle survit grâce à des arnaques Internet et à son talent pour retrouver les choses perdues – mais également les personnes disparues, une activité fort lucrative qu'elle déteste pourtant. Lorsqu'un producteur célèbre lui demande de rechercher une pop star dont on est sans nouvelles, Zinzi, à cours d'argent, accepte cette mission à contrecœur. Elle espère cependant tenir là son billet de sortie de Zoo City. Au lieu de cela, elle s'enfonce plus encore dans les bas-fonds du ghetto...
Les plus du roman :
- le concept des animalés
- l'enquête qui cache une odieuse manipulation
- l'univers sans concession
- la question de la rédemption impossible
- et Zinzi, qui reste terriblement attachante malgré son vécu et sa dureté

2 commentaires:

  1. Ca a l’air vraiment passionnnant ! Je me laisserais bien tenter à l’occasion… Est-ce qu’il y a des passages gores ?

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    1. Vu le contexte, il y a des passages assez trash, en effet. Mais sans que ce soit gratuit.

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