30 mai 2014

Vice & Vertu (Mon amie Odalie)

Roman historique / thriller psychologique de Suzanne Rindell, traduit par Joëlle Touati, Fleuve Editions.

J'ai déjà eu l'occasion de parler un peu de ce roman alors que j'étais plongée dans sa lecture, les personnes qui suivent mon blog devineront sans peine l'enthousiasme que j'ai à parler de la traduction française de The other typist (j'adore le titre anglais, mais ça ne rendrait rien en français, dommage).
Notez que pour une fois, grâce à un nouveau partenariat entre le forum Mort-Sûre et Fleuves Editions, je rédige un retour sur un roman qui n'est pas encore paru, car il sortira le 12 juin (dans moins de deux semaines !).

(j'aimais déjà beaucoup la couv' des épreuves que j'ai lues,
là j'avoue un vrai coup de cœur pour la couv' définitive)

Et quel roman ! Vice & Vertu, tout d'abord titré "Mon amie Odalie" (appellation qui restera en sous-titre si j'ai bien suivi) est tout à fait le genre de récit que j'adore : une écriture solide doublée d'une jolie plume, un contexte historique parfaitement rendu, une intrigue assez tordue sans non plus tomber dans le travers d'en faire trop. Dépaysant, élégant et équilibré, ce roman m'a plongée dans les années folles telles qu'elles déferlèrent aux USA, au moment où la prohibition se met en place à New York.
Le côté historique est non seulement bien rendu mais aussi exploité à la perfection (avec les relations hommes / femmes de l'époque, les tensions sociales, les folies des héritiers des grandes familles qui ne vivent que de leurs rentes, alors que les femmes célibataires des milieux modestes vivent dans une quasi misère, même en travaillant).

L'auteur a choisi d'employer la voix de Rose pour cette plongée dans la première moitié des années 1920. Rose est une femme à la fois terriblement naïve et absolument pas innocente... complexe, secrète, défendant son indépendance dans une société encore terriblement machiste, elle possède un regard critique et observe sans cesse son entourage. Soucieuse du travail bien fait, elle prend très à cœur son poste de sténo-dactylo dans un commissariat, vouant une admiration sans borne à son sergent (chez lequel elle avoue à demi-mot trouver peut-être le père qu'elle n'a jamais connu) alors que ses relations avec le lieutenant détective restent tendues et conflictuelles. 
Les portraits des personnages à eux seuls sont ciselés à la perfection, surtout que Rose n'est pas une tendre : ses descriptions n'enjolivent pas ceux qu'elle égratigne.

Rose s'est habituée à une certaine routine, entre la pension de famille qui l'héberge et le commissariat, quand l'élégante, charismatique et pétillante Odalie y est à son tour embauchée. Cette nouvelle collègue perd une broche de valeur lors de son entretien d'embauche et Rose la ramasse... hésitant entre la conserver et la lui rendre... sans savoir que cette broche à elle seule va les lier bien plus qu'un simple accessoire ne devrait le faire.
Odalie, si chic et si libre, va très vite prendre de l'ascendant sur Rose. En dehors de leur travail, les deux femmes vont développer une amitié particulière, déséquilibrée par la dépendance dans laquelle la nouvelle venue plonge sa collègue en lui offrant un meilleur hébergement. Et, alors que Rose goûte à des plaisirs interdits, elle s'interroge de plus en plus sur le mystère dégagé par son amie.
Le lecteur comprend très vite qu'il s'est passé quelque chose de grave entre les deux femmes, qui n'a pas laissé indemne leur entourage...

Vice & Vertu est avant tout du pur chassé-croisé psychologique, assez hitchcockien à mon sens. Sur une partie du roman, je ne savais plus démêler le vrai du faux et l'une des clés pour tout remettre en ordre est livrée avec la toute dernière phrase. Donc, pour apprécier les derniers chapitres, quand tout s'emballe, il ne faut surtout pas lire la fin.
Au final, Vice & Vertu est un excellent roman de manipulations... le lecteur étant sans doute celui qui en fait le plus les frais.


Ce matin de 1924, quand Rose Baker, sténo-dactylographe au commissariat du Lower East Side, lève les yeux de sa machine à écrire, elle est saisie par la beauté, l'élégance et le magnétisme de sa nouvelle collègue. Elle n'est pas la seule, car Odalie envoûte tout le monde sur son passage. Pour Rose, jeune femme sans éclat, marquée par la rigueur de son éducation religieuse, cette rencontre signe le début d'une nouvelle vie. Et les deux femmes, pourtant aux antipodes l'une de l'autre, deviennent vite inséparables.
Au contact d'Odalie, Rose perd ses repères, renie ses principes, découvre la grande vie et le monde interlope, celui des bars clandestins et des bootleggers. Mais bientôt, la fascination que Rose voue à son amie se meut en véritable obsession et les questions se bousculent : qui est vraiment Odalie ? D'ou sort-elle tout cet argent qui lui permet de mener grand train ? Et pourquoi élude-t-elle toutes les questions sur son passé ?


Les plus du roman :
- la plongée historique
- les portraits ciselés et sévères des personnages

- la relation entre Rose et Odalie

- la façon dont les liens se nouent et dénouent

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