31 janvier 2014

D’un homme à l’autre

Anticipation de Sophie Moullay, éditions Numériklire.

Cette courte novella est disponible uniquement sous format ebook, mais on la trouve très facilement car elle est distribuée via le réseau Immateriel. Je l’ai lu très rapidement, vu son petit volume, et c’est mon premier coup de cœur de l’année en matière de lecture.
Il s’agit d’un texte simple, écrit de façon redoutablement efficace, qui pourrait passer pour une énième description de monde post-apo dans lequel l’humanité a subi de lourdes pertes suite à une contamination pandémique, mais il s’avère bien plus original qu’il n’y parait.


Tout d’abord, pour une fois, pas de zombies ! Les « mutés » sont extrêmement différents et cela change tout. Ils ressemblent davantage à des Cromagnons dotés de dents et de griffes dignes de grands fauves. Ces mutés sont devenus de véritables prédateurs, très adaptés à leur environnement, qui ont donc pris la tête en matière de place au sommet de la chaîne alimentaire. Ensuite, ce texte ne raconte pas l’histoire de groupes de personnages qui luttent pour reconstruire un semblant de communauté humaine au milieu du chaos, en sauvegardant de leur mieux des miettes de notre civilisation. Elle raconte le parcours d’un homme qui est peut-être le seul et unique survivant, le dernier, d’une humanité ravagée. De ce fait, ce roman a déjà été comparé à Je suis une légende, et ce n’est pas innocent, même s’il en diffère par de nombreux aspects.

On alterne entre le point de vue de Un – mâle dominant d’une meute de mutés - et celui de Martin, humain survivant qui traverse l’Europe à bicyclette, avec le dernier espoir chevillé au corps de parvenir à trouver d’autres humains non mutés... et de rester en vie. Pourtant, lui-même a du sang sur les mains et peine de plus en plus à préserver sa propre humanité, sa santé mentale. La peur, la fatigue, l'isolement et le manque d'hygiène le minent au fil des kilomètres. Lorsque Un le découvre et décide de s'offrir une dernière chasse qui sera SA chasse, entraînant sa meute hors de son territoire avec le risque d'encourir une rébellion qui lui ferait perdre sa place. Malgré la terreur qui menace de le briser, Martin continue de lutter... et développe même de plus en plus d'admiration, malgré lui, pour cet ennemi qui lui ressemble peut-être bien plus qu'il ne serait prêt à l'admettre. 
Le texte est percutant, efficace et tend vers une fin d'une implacable logique.
J’ai commencé à le lire et… je n’ai pas pu décrocher avant de l’avoir terminé.
Bien écrit, simple, efficace : que demander de plus ?


Un aime chasser avec sa meute et savoure, nuit après nuit, chaque instant de sa nouvelle vie. Une vie que seuls ses rêves viennent ternir, car avant la Grande Épidémie, Un portait encore un costume-cravate et se pressait chaque matin dans le RER. Comment résister à ces nouvelles sensations de liberté et surtout comment résister au tout dernier être humain, l’astronaute que le vaisseau Soyouz lui a servi sur un plateau ?

Pour Martin, qui croit encore en l’existence de survivants, la traque commence. Il fuit le jour, se terre la nuit. Qui est l’animal ?
Cette poursuite générera les premiers conflits au sein de la meute et amènera Un à se poser LA question : est-il si différent de son gibier ?
 
Les plus de la novella :
- l’écriture efficace
- l’alternance des points de vue entre Un et Martin
- la découverte de la meute
- l’évolution de Martin
- la logique de la fin

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire