16 décembre 2013

Au sujet des retours de lecteurs

J’ai remarqué quelque chose de bizarre… J’ai stressé, angoissé pendant les corrections et les ajustements du Livre 2 de Romane, en songeant à l’accueil qui pourrait lui être réservé, mais toute cette pression est retombée avec la mise en ligne.
Les retours de lecteurs ne me font plus peur. Ils ne m’inquiètent même pas. Leur absence non plus, d’ailleurs.
C’est étrange, car il me semble bien que c’est tout le contraire de plein d’auteurs que je connais, qui font des bonds à chaque retour positif, crisent à chaque retour négatif.
Pour ma part, j’en prends connaissance, j’analyse ce que je peux en faire puis je passe à autre chose (vu que j’ai toujours 36 trucs à faire, c’est facile). Pas question de m’en rendre malade, dans tous les cas. Cela n’aurait rien de constructif.

Donc, c’est avant la publication que je me sentais vraiment mal avec le Livre 2 de Romane. J’avais peur de prendre des claques après sa mise en ligne, de décevoir, parce que je le savais (très) imparfait, ce roman. Mais à partir du moment où j’ai diffusé l’epub et le mobi, il était trop tard pour revenir dessus, j’avais déjà accepté cette imperfection et fait mes choix, que j’assume. D’autant que j’ai prévenu les lecteurs potentiels.
De plus, j’ai eu l’impression de me « débarrasser » enfin de ce projet qui traînait en longueur depuis 2009, m’avait pris beaucoup de temps et d’énergie, m’avait valu de belles rencontres, de beaux moments, de chouettes échanges mais aussi des déceptions et des claques.

En résumé… vous avez vu l’adaptation cinéma du 2ème Harry Potter ? La Chambre des Secrets ? Vous vous souvenez, à la fin, quand Dobby trouve la chaussette cachée dans le journal ?
Ça, c’était moi après publication du Livre 2.
Ni plus, ni moins.
(j’aurais adoré vous offrir une photo de Dobby euphorique, serrant la chaussette contre lui, mais j’ai échoué à mettre la main dessus…)
(enfin, si l'image vous parle, c'est le principal)


Bref, tant que le roman a été entre mes mains, j’ai angoissé. J’ai d’ailleurs été prise entre deux sentiments contradictoires : l’envie de le lâcher pour m’en libérer et celle de le retenir pour ne pas le montrer.
Une fois le roman en ligne, j’ai pu faire mon deuil : il m’échappe, il appartient aux lecteurs, c’est à eux de prendre le relais (du moins ceux qui s’y intéresseront et le liront).

Du coup, plus d’angoisse. Je me sens zen vis-à-vis de Romane, depuis le mois dernier ! En fait, j’avoue que je l’avais presque oublié… Et cela pour plusieurs raisons.

1- Les bêta-lectures et les retours d’éditeurs, ça vous forme.
Quand vous en êtes passé par là, sur plusieurs textes, vous avez acquis une expérience précieuse. Pour ma part, cela m’a appris entre autres choses à prendre du recul et à conserver un regard critique sur mes propres textes.

2- Les bêta-lectures et les retours d’éditeurs, toujours eux, vous apprennent deux choses essentielles :
- défendre votre roman et vos choix (même les mauvais, soyons honnête, sous conditions que vous les assumiez pleinement) ;
- prendre les avis subjectifs avec des pincettes plutôt que de les recevoir en pleine face.

3- Quand on aime soi-même lire, on sait pertinemment qu’un lecteur s’approprie ses lectures.
Cela fait même partie des lois magistrales et intouchables de la lecture.
Un lecteur a le droit de lire ce qu’il veut, d’aimer ou détester, d’abandonner un roman, d’en penser ce qu’il en a envie.
Il est libre d’en parler ou pas.
Personne n’a à critiquer ses choix et opinions, d’autant plus qu’ils se forgent sous diverses influences (dont, parfois, l’humeur du moment).

4- Un texte ne peut jamais faire l’unanimité.
Ce point découle directement du précédent. Il y a une réelle notion de public qu’un auteur ne devrait pas perdre de vue.
Je sais que certains (que je considère comme de grands naïfs) rêvent d’écrire le chef-d’œuvre qui plaira à tous ses lecteurs. Mais non, ça ne fonctionne pas comme ça. Même le meilleur des romans ne fait pas l’unanimité. Parce que chaque lecteur est différent et attend donc quelque chose de différent de ses lectures.
Je sais que mes textes ne sont pas faits pour certains lecteurs, qui ne devraient surtout pas les lire, et je ne perds pas cette notion de vue.

5- Les choix d’un auteur ne sont pas toujours partagés.
Un auteur, lorsqu’il écrit et corrige, passe une partie de son temps à faire des choix. Pas seulement pour emmener ses personnages dans une direction plutôt qu’une autre…
En vrac… Choix du genre du roman, équilibre entre différents éléments, choix scénaristiques, stylistiques, choix de narration, de point de vue, de temps, choix de niveau de langage et de traitement des dialogues, choix sur les personnages, leurs réactions et leur interactions, choix sur le découpage, la structure, le rythme et la fin… La liste n’est pas exhaustive.
Pas mal d’auteur font ce travail sans même s’en rendre compte.
Pour ma part, il me vaut des angoisses et des sueurs froides.
Mais une fois que ma décision est prise et que je sais que je ne reviendrai pas dessus, je l’assume à 100%. Du coup, les lecteurs qui auraient aimé que je fasse d’autres choix, je le comprends tout à fait, mais il est trop tard pour les satisfaire (quand bien même c’est eux qui ont raison).

6- Les lecteurs peuvent en « vouloir plus ».
Il y a un phénomène que tous les lecteurs ont déjà vécu au moins une fois.
Vous savez, cette sensation que l’auteur aurait pu vous en donner plus… ou que ce personnage lambda, là, vous auriez aimé qu’il soit davantage valorisé. Ou l’intuition qu’il vous manque des informations. Ça vous dit quelque chose, cette frustration que vous avez pu ressentir en refermant un roman ? Ce roman, ça peut être celui que vous avez écrit.
Je ne sais plus le nom que ça porte, mais c'est un "phénomène" connu : les lecteurs se mettent à attendre quelque chose que l’auteur n’a jamais souhaité leur donner (parce qu’il n’était même pas conscient que cette attente puisse se développer, la plupart du temps).
Avoir plusieurs bêta-lecteurs avec des goûts différents permet de minimiser le problème, mais en réalité il est difficile d’y échapper. Même en ayant aimé, certains lecteurs sortiront toujours frustrés de votre texte.
Vous ne pouvez malheureusement pas grand-chose pour eux.

7- Tout cela explique qu’il y a des lecteurs qui aime, mais…
… qui ont plein de points négatifs à remonter. Au point que l’auteur fini par se  demander comment un tel lecteur a pu terminer et aimer le roman. Cela n'a rien de dramatique, il faut savoir recevoir ce genre de retour (avec le sourire, si possible) et vite passer à autre chose. Parce que ce genre de retour fait parfois plus mal qu'un avis franchement négatif. Pour une raison toute simple :
- avec un avis négatif, on peut se dire que ce n'était pas le bon roman entre les mains du bon lecteur ;
- avec un avis positif bourré de négatif, on sent la frustration du lecteur, on a l'impression de l'avoir déçu et de ne pas avoir tenu ses promesses.
Donc, à titre personnel, ça me touche plus. J'ai appris à relativiser.


Et le silence radio, dans tout ça ?

À un moment, c'est surtout l'absence totale de retour sur ce Livre 2 qui m'a fait craindre de l'avoir écrit et corrigé pour rien. Mais rien de plus, de toute façon maintenant qu'il est écrit, corrigé et diffusé, je ne vais pas revenir dessus. C'est le jeu avec l'auto-édition, quand on n'a pas de nom et qu'on ne fait aucun buzz, on n'est rien ou très peu de choses. Il vaut mieux l'accepter d'entrée de jeu (l'écriture est un exercice ingrat, l'ai-je déjà signalé ?).
Au final, j'ai eu quelques avis en privé, le roman a été lu par quelques personnes, donc tout va bien. Si les lecteurs n'ont pas envie d'en parler, je l'ai déjà souligné, c'est leur droit le plus strict. Je le respecte.
Pour ma part, je déteste qu'un auteur me laisse sentir que j'ai la moindre obligation envers lui, alors je l'affirme : si vous avez lu Romane, vous n'en avez aucune envers moi. J'espère juste que vous avez passé un bon moment et que vous ne regrettez pas l'acquisition du roman.

En conclusion, je m'aperçois à quel point ça me fait toujours plaisir de découvrir un retour positif, ça me pince le cœur quand c’est négatif, mais cela ne me perturbe plus. D’une part, de l’eau a coulé sous les ponts et d’autres projets accaparent mon attention. D’autre part, j'ai tellement encaissé lors de la recherche d’éditeur que j'ai développé une forme de blindage.
En fait, c’est l’envoi d’un projet à des éditeurs qui me rend frileuse et j’ai encore besoin de travailler sur moi à ce niveau, si je suis amenée à le refaire. Ce dont je ne suis vraiment pas pressée...

11 commentaires:

  1. un article très juste et plein de bon sens ! Je me retrouve dans pas mal de chose que tu dis (même si de ma courte expérience, je ne suis pas encore rôdée ^^).

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    1. Merci ! :)
      Je crois que je pourrais écrire encore longtemps sur la relation auteur-lecteur. Mais c'est quelque chose de si personnel, il ne faut pas en tirer trop de généralités. En tout cas, j'espère que tu en feras l'expérience à ton tour et qu'elle sera excellente (je n'en doute pas, je t'avoue).

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    2. C'est gentil, Cécile. Ca me touche <3

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  2. Très chouette article ! Comme quoi, les retours, c'est vraiment quelque chose de très personnel. Tu penses que ça fait une différence dans l'attente des retours, le fait que tu sois en auto-édition ou que tu passes par un éditeur ?

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    1. Aucune idée, je ne suis jamais passée par un éditeur, donc je ne sais pas si ça change quelque chose.

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  3. Article magnifique, beaucoup de sagesse dans ces lignes... Je t'avoue que je redoute un peu mes futurs retours en ce qui concerne mon roman, je me demande même si je ne devrai pas arrêter de lire les avis le jour où mon livre sortira, mais je pense que c'est un peu mission impossible... J'admire ton recul en tout cas, c'est vraiment un excellent état d'esprit ;)

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    1. C'est vrai que plusieurs auteurs dans mon entourage ne lisent pas les retours, ou alors uniquement des retours filtrés. Quand on a un éditeur derrière soi, c'est un choix que l'on peut se permettre (surtout si on trouve son public et qu'on a beaucoup de retours, il devient de toute façon difficile de tous les lire, j'imagine).
      Pour ma part, devant tout gérer seule, j'ai préféré lire le peu de retours que j'avais sur le Livre 1 Romane afin de les communiquer. Je pensais continuer de la même façon pour le Livre 2.
      De toute façon, jouer l'autruche ne me réussit pas... je suis trop curieuse et si j'écris, c'est justement pour partager donc savoir ce que les lecteurs ont pensé de mes textes m'intéresse. Et je peux me le permettre parce que je ne m'en rends pas malade.
      Un auteur qui ne réagit pas du tout comme moi ferait mieux de ne pas prendre connaissance des avis de ses lecteurs, en effet (mais dans ce cas, je m'interroge vraiment sur sa motivation à être édité...).

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  4. Alors, le souci... c'est que je n'ai pas encore lu Romane 2. Du coup, pour les retours, c'est un peu juste. ^^; Je vais profiter des congés de fin d'année pour le lire.

    Mais effectivement, ton analyse est très juste par rapport aux retours et tout. Je déprime quand je n'en ai pas et les retours mi-figue, mi-raisins sont supers frustrants (au point, que je me suis demandée à un moment pourquoi le lecteur s'était embêté avec mon livre). Mais une fois qu'on a appris à prendre un peu de recul (genre, lire l'article, grincer des dents et un peu fulminer puis, y revenir bien plus tard), on peut en retirer pas mal de choses assez justes...

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    1. Prends ton temps pour lire le Livre 2, de toute façon tu as d'abord un challenge à avancer... Je surveille ! ;)
      Tiens, je remarque que ton blog est absent de mes liens, encore un oubli. Je répare ça tout de suite, ça me permettra de suivre d'encore plus près l'évolution du feuilleton de Proie. :)

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  5. Voilà des remarques tout à fait justes que les auteurs que nous sommes auraient pu écrire...Beaucoup de bon sens en tout cas. Nous sommes friands des retours positifs, mais pas question d'accepter de gaité de coeur les "brossages de manche". De même je déteste qu'on m'achète un livre pour me faire plaisir, parce qu'on me connaît etc...

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    1. Merci pour votre passage et votre avis, André. :)

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