16 septembre 2013

Ces scènes « creuses » qui vous empêcheraient presque de dormir la nuit…

En attendant que je me mette à jour dans mes retours de lecture, je vais – pour une fois – parler d’écriture. Conservez bien en tête que cela reste du partage d’expérience, en aucun cas une « leçon » ou des « conseils », car je n’ai absolument aucune légitimité à en donner.

Depuis ma découverte de L’anatomie du scénario, je prépare et cogite beaucoup avant même de rédiger les premières lignes d’un roman. Ainsi, lorsque je débute celui-ci, j’ai une base solide, un fil rouge, avec une scénarisation scène à scène fiable. Elle reste bien entendu susceptible de changer en cours de route, car l’écriture reste un exercice à variables dans lequel conserver une certaine souplesse m’est nécessaire.
En vérité, alors que j’ai peut-être écrit à peine 1/4 de mon projet 2013, je dois en être à la cinquième ou sixième version de ma scénarisation, sans compter les ajustements mineurs (donc, en vrai, elle bouge tout le temps).

Le travail de préparation m’offre donc une base. Des fondations. Reste qu’après il faut monter les murs, ce qui nécessite de la matière, et John Truby ne pousse pas le vice jusqu’à fournir les parpaings et l’enduit (il offre des cours accélérés d’architecture d’un côté du projet puis de décoration lorsque vous l’avez quasi terminé, c’est déjà énorme, je serais culotée de m’en plaindre !).
Donc, en tant qu’auteur, je me retrouve avec :
  • ma théorie d’un côté, à savoir le scénario, c'est-à-dire des fondations et un plan de construction ;
  • la pratique de l’autre, à savoir le premier jet de mon roman, c'est-à-dire une baraque qui tient debout et correspond à mon appel d’offre personnel.
Entre les deux, il faut que je cogite énormément avant même de me poser devant mon clavier pour savoir comment alimenter chaque séance d’écriture. Cela revient à choisir les matériaux, les outils, avec le risque réel de me vautrer lamentablement (ce qui m’arrive de façon régulière, je suis nulle en bricolage, parfois je me dis que je ne vaux pas tripette non plus côté écriture).

Le souci, c’est qu’il y a des périodes qui ne se prêtent pas aux cogitations (lorsqu’on écrit sur son temps libre, le soir et les week-ends, ça ne laisse pas beaucoup de marge de manœuvre). Il y a donc des moments où je dois « forcer » pour écrire. Ou jongler avec une faiblesse dans ma scénarisation. Quand il ne s’agit pas de tout ça en même temps.
Du coup, catastrophe, j’ai bien suivi mon plan, j’ai monté mon bout de mur (dans la douleur, en général, façon grognements, sueur, coup de marteau sur un doigt et même pas de mec sexy façon pub coca-cola light pour remonter le niveau… oups, je m’égare) et… et… je ne suis même pas contente du résultat.
J’enregistre quand même mon travail, je ferme les yeux, mais ça reste là.
Dans un coin nébuleux de la masse visqueuse qui me sert de cerveau.
Ça reste. Ça me culpabilise. Je sais que c’est mauvais. Que le mur ne convient pas. Qu’il cloche. Qu’il n’est pas droit.
Ce sale mur me nargue au point qu’il m’arrive même d’en rêver la nuit !

Il n’y a pas moyen, dans ces cas-là, souvent, cela me bloque carrément dans mon avancée, je n’arrive pas à écrire la suite. Comme si je possédais un warning interne qui s’allumait, bloquait toutes mes autres fonctions et me signalait en substance : « Hé ! Cocotte, faut revoir ta copie ! Sinon, je te promets que le contrôle de chantier s’en chargera pour toi ! ».
Là, j’en ai carrément des sueurs froides rien que d’y penser…

Alors, pas d’autre solution, il faut prendre du recul et trouver la raison précise pour laquelle la scène me dérange, afin de pouvoir la corriger ou l’ajuster de la bonne façon.
Ce que je remarque avec le recul, c’est qu’il y a une constante à prendre en compte.
Lorsqu’une scène ne me convient pas, je l’ai rédigée de façon «scolaire », en suivant les directives que je me suis imposées, mais en oubliant le point crucial qui consiste à l’imbriquer étroitement dans l’intrigue. De ce fait :
  • la scène apporte des faits nécessaires mais de façon maladroite, donc elle n’est pas passionnante ;
  • surtout, elle n’apporte pas d’autres faits, des informations, des points de détails cruciaux, donc elle n’a pas de lien véritablement organique avec le reste du roman… elle s’imbrique mal... 
  • de ce fait, sa correction trop tardive risque d'avoir des effets de bord pervers, entraînant un important travail de correction à mener sur l'ensemble du reste du roman.
Autrement dit, j’ai monté un mur parce que j’ai défini que je devais monter ce mur, mais je m’y suis prise comme un gros manche :
  • je ne l’ai pas tout à fait placé au bon endroit,
  • ou j’ai oublié l’ouverture pour la porte qui devra rester ouverte et sera à refermer avant la toute fin
  • ou bien j’ai oublié d’y laisser une niche dans laquelle se logera idéalement le petit élément de décoration qui change tout.
J’ai donc un mur, mais pas le bon mur.
Quand une scène entière cloche de cette façon, il ne faut pas hésiter à y aller franchement.
Tout d’abord, se poser les questions cruciales et y répondre :
  • la scène est-elle indispensable (si oui, poursuivre, si non, l’éliminer)
  • souffre-t-elle d’un problème de rythme, de style ? (si oui, corriger, si non ou pas que, poursuivre)
  • quelles informations en lien avec l’intrigue pourrait-elle apporter qu’elle n’apporte pas ? ou qu'elle apporte à un mauvais moment ?
    = c’est la question primordiale, c’est qui va obliger à reprendre et ajuster sa scénarisation si besoin
Ce diagnostic réalisé, en général, les solutions arrivent quasi d’elles-mêmes, avec une logique un peu hallucinante, en général (en tout cas, pour ma part, une fois que j'ai trouvé la cause du problème, en général je trouve assez vite et facilement comment y remédier).
Concrètement, j’en ai encore fait l’expérience il y a peu.
La scène qui m'a bloquée se déroule dans un hôpital, elle était nécessaire pour montrer le désarroi de plusieurs personnes autour de la victime d’un accident de la route. Je m’étais arrêtée à ça et ça ne me convenait pas…
- la scène était nécessaire…
- mais elle souffrait d’un manque de rythme et d’émotion (= trop scolaire)
- sans apporter d’éléments indispensables pour la suite

J’avais presque tout faux. J’ai résolu le problème en réécrivant la scène en grande partie. Pour ce cas précis, ma solution a été d’y ajouter  la présence d’un personnage qui agit comme une clé et qui intervient peu. Plutôt que de placer sa première interaction directe bien plus loin dans le scénario, je l’ai fait apparaître à cet endroit et à cet instant précis. Le personnage en question étant plutôt du genre louche, ma scène gagne en tension…  C’est donc tout bénéfice pour le roman !
J’ai ajusté ma scénarisation et j’ai pu 1) dormir tranquille 2) me remettre à écrire la suite, en tenant compte des ajustements réalisés.
Cela n’a l’air de rien, mais quand on écrit, ça fait du bien de quitter une cession de travail avec un peu d’autosatisfaction… surtout quand le plus difficile reste à faire.


4 commentaires:

  1. Je saisis parfaitement ce que tu veux dire! Ces scènes se révèlent aussi glissantes que des anguilles parfois, il faut les recommencer à plusieurs reprises bien souvent !

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    1. Le plus délicat, c'est le diagnostic... si on se trompe, on ne fait pas les bonnes corrections. L'autre difficulté, c'est aussi quand on a imaginé la scène d'une façon qui ne convient plus et qu'on ne parvient pas à faire son deuil et à sabrer ce qui doit l'être (je viens juste d'avoir le cas sur le Livre 2 de Romane..).
      Par contre, dans mon cas, j'ai de la chance car je n'ai jamais eu à m'acharner et à recommencer à plusieurs reprises (le style simple que j'emploie aide beaucoup).

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  2. Le mur me parle bien à moi aussi ! Je sors régulièrement le bulldozer pour repartir de zéro (ou presque) sur ces scènes.

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    1. Là où Nyna passe, les cloisons trépassent... ^^
      Repartir de zéro est parfois la seule solution possible, en effet, même si ça fait mal. Là c'est vraiment le cas extrême que j'essaye d'éviter autant que possible. Mais quand tout est vraiment parti de travers, tu as raison, il faut être sans pitié.

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