19 décembre 2012

Les derniers Parfaits

Roman d’uchronie fantasy de Paul Beorn, éditions Mnémos.

Il n'est pas simple de faire un retour sur ce très dense roman, car je me refuse à parler dans le détail des personnages pour ne pas spoiler leurs petits secrets, tant cela apporte d'intérêt à la lecture (je peux juste signaler que Cristo n'est pas soldat, contrairement à ce qu'affirme la 4ème de couverture, et qu'il est vêtu de façon plutôt inhabituelle au début du roman !).
Notez tout d’abord, je vais être honnête, que je ne suis pas le public visé par ce roman, Paul m'avait prévenue, et pourtant, quel bonheur cette lecture ! Ce roman est plus destiné aux amateurs de grosse fantasy épique, avec beaucoup d'effets spéciaux, de gros pouvoirs, de petits meurtres entre amis et de décors qui volent en éclats. Bref, aux amateurs de « lourd ». Ce qui ne m’a pas empêché d’apprécier : rien que la magie qui baigne l'univers, les maleficum, puis les explications finales qui expliquent tout, c'est géré de main de maître.


Donc, pour reprendre les choses dans l'ordre... L’auteur nous plonge dès le départ sur le champ de bataille d'une uchronie fantasy, avec des prisonniers enchaînés les uns aux autres, obligés de "travailler" pour l'ennemi. L'Europe est marquée par une ancienne catastrophe : l'Empire premier a sombré avec pertes et fracas, Espagne et France sont séparées par un bras de mer, l'immense cité de Mala Pugna a disparu et il ne reste plus que des maleficum, objets enchantés à l'état passif, de cette époque. Ces objets font l'objet de deux politiques différentes : il y a ceux qui prônent leur destruction, ceux qui les collectionnent...
Les gens, eux, continuent à porter leur propre forme de magie. Chez les francs, la religion du Dieu-compagnon les oblige à se lier à un animal qui va leur donner des capacités : un homme-ours développera une force colossale, mais en contrepartie, il risque d'avoir besoin de gober du miel pour se ressourcer s'il utilise ce pouvoir.
Là-dessus, nous suivons 4 prisonniers qui parviennent à s'échapper... mais liés les uns aux autres par une chaîne réalisée dans une matière indestructible. Cristo, le plus charismatique du groupe, parvient à les convaincre qu'il vaut mieux aller chercher de l'aide vers le sud, en traversant le pays ennemi, que de tenter de dépasser le front des combats, sachant que celui-ci ne cesse d'avancer. Les Francs se font massacrer par les Catharis, aucune ville ne peut tenir face à leurs démons. Et surtout, pire que tout, les femmes sont systématiquement enlevées et les pires rumeurs circulent au sujet de ce qu'elles adviennent...

Ce roman est à la fois une fresque épique, avec le déplacement continu de ces personnages dont on suit les aventures, et une plongée dans l'horreur quand on découvre le sort que les Catharis réservent aux femmes... ainsi qu'aux hommes, qui pour la peine ne sont pas mieux lotis. Une horreur digne d'une machinerie administrative bien huilée, logique à faire peur, dans laquelle toute humanité a disparu... et que l'auteur n'hésite pas à mettre en parallèle avec la place des femmes dans d'autres sociétés, démontrant que l'horreur peut s'observer partout, sous différents noms.
Puis, alors que tout espoir semble perdu, il brille au moment le plus inattendu. Car les derniers Parfaits se battent à leur façon, ils luttent pour sauvegarder leur culture et l'idéal porté par leur religion telle qu'elle aurait dû être si les démons ne l'avaient pas dévoyée.
Cristo et ses compagnons trouvent donc une aide là où ils ne l'auraient jamais cru possible.

Je n'en dirai pas plus car j'aurais trop vite fait d'en raconter trop, en particulier (je l'ai déjà signalé) sur les personnages et les secrets qu'ils cachent. On retrouve chez eux la force de l'auteur : ils sont attachants, leurs dialogues sont vivants. Côté univers et intrigue, c'est riche, impossible de tout aborder. Je peux juste affirmer que les amateurs d'objets "ensorcelés" seront ravis !
A titre personnel, j'ai eu un peu de mal avec les massacres et le fait que les personnages s'en prennent vraiment plein la figure, ce qui m'a poussée à un certain détachement en cours de lecture. J'ai aussi eu quelques difficultés à visualiser certains "déplacements" (la façon dont un personnage parvenait d'un point a à un point b). Là, vous noterez que c'est du point de détail (je chipote). Bref, rien de très grave, en fin de compte, surtout en regard de la richesse du roman !

Dans le royaume de France ravagé par la guerre contre les légions catharis d’Occitania, Cristo, un soldat prisonnier, échappe à ses geôliers enchaîné à trois compagnons d’infortune. Les quatre fuyards que tout oppose doivent s'entraider pour survivre, contraints de se cacher puis d'emprunter les chemins de traverse. Commence alors pour eux une haletante course-poursuite à travers un pays ennemi dominé par des démons et vivant sous le joug d’une Église catharis fanatisée. Ici, dans les vestiges d'un antique Empire disparu, une magie ancienne continue de survivre dans des talismans et d'immenses tours-statues. Au coeur des forêts profondes et des montagnes déchiquetées des terres occitanes, pris dans le fracas des combats, Cristo et ses compagnons prendront conscience de porter en eux un pouvoir insoupçonné. Ils verront leur destin basculer et le monde trembler sous leurs pas.

Les plus du roman :
- la magie omniprésente, son emploi
- la richesse du roman
- les relations entre les personnages, les liens qui se créent
- les maleficum,bien plus que de « simples » objets
- les derniers Parfaits


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