23 octobre 2012

Retour sur "L'anatomie du scénario" de John Truby, après usage pratique

Je m'aperçois qu'après mes notes d'avril 2012, je n'ai plus reparlé de L'anatomie du scénario, de John Truby, alors que le moins que je puisse dire, c'est que je n'en regrette pas l'acquisition et la lecture. Même s'il m'a fallu du temps pour le digérer et surtout comprendre quelles applications je pourrais en faire (au point qu'à une période, il m'a plus fait douter qu'autre chose).
Passons sur le fait que le ton un peu trop péremptoire m'a assez agacée, il suffit de ne pas s'en formaliser et de s'obliger à conserver un peu de recul (hum, je sais, plus facile à dire qu'à appliquer). Je me suis malgré tout approprié l'ouvrage de façon très tarabiscotée, avec beaucoup de liberté, car je l'envisage comme une boîte à outils dans laquelle je pioche ce qui m'est utile. Pas toujours de façon très pertinente, par contre, ceci-dit j'en suis la seule responsable. L'auteur de L'anatomie du scénario n'y est pour rien : il offre des outils, si les utilisateurs les emploient mal, c'est leur problème.


Le début m'a particulièrement parlé, car il s'agissait de points concrets et particulièrement illustrés, avec en plus des applications pratiques faciles à mettre en oeuvre, donc avec un projet en cours de définition sous le coude, je me suis jetée dans ces exercices avec enthousiasme. Surtout que John Truby oriente énormément le travail préparatoire du projet de scénario sur les personnages principaux, ce qui me convenait tout à fait.
L'évolution des personnages, leurs adversités, la façon dont ils se construisent ou se défont les uns par rapport aux autres sont autant de détails qui m'ont énormément aidée. De plus, ces points m'aideront beaucoup à l'avenir, si je continue à écrire ou si je suis amenée à aider d'autres auteurs en bêta-lecture.

Ensuite, la lecture est devenue plus corsée, plus conceptuelle. J'ai terminé l'ouvrage en restant un peu perplexe, prise au dépourvu, me demandant ce que je pourrais bien faire de tous ces arguments et explications sur la scénarisation et l'intrigue. En résumé : je ne voyais pas comment appliquer les concepts.
Mes propres limites intellectuelles me sidèrent souvent, là j'en avais une nouvelle preuve. Je pense donc être passée à côté d'un bon tiers de cet ouvrage.
La toute fin ne m'a d'ailleurs pas convaincue : réécrire plusieurs fois chaque scène, très peu pour moi, ce n'est juste pas envisageable dans mon rapport à l'écriture. Je ne suis pas encore assez masochiste pour me lancer dans un travail pareil.

J'ai donc posé l'ouvrage, lu pendant mes congés en juin, pour laisser mûrir. Puis j'ai commencé à vraiment travailler sur La pelote d'épingles, le roman dont je veux terminer le premier jet cette année. Je bloquais, je ne voyais pas par quel bout le prendre, je n'avais aucune visibilité. Mes personnages étaient bien là (du moins je le coyais) mais mon intrigue, bien que très bateau et linéaire, m'échappait dans ses détails.

J'ai décidé de rouvrir L'anatomie du scénario. Je n'ai pas cherché à comprendre les concepts qui m'échappent toujours, j'ai endossé un rôle qui me convient : l'utilisatrice lambda, qui applique ce qui fonctionne même si elle ne pige pas grand-chose au principe de base.
Rien n'assure donc que le résultat sera convenable mais au moins, j'ai avancé, en m'appropriant les outils dont j'avais besoin, démêlant ainsi un par un les noeuds qui me bloquaient.

Je ne sais pas si une telle méthode peut convenir à tout le monde, car je me suis aperçue que j'ai vraiment besoin de travailler en visualisant d'avance les différentes scènes et la façon dont elles s'agencent.
Notez que je le savais déjà grâce à l'apprentissage réalisé sur Dans les pas de Romane et à l'écriture, en mai, du court roman jeunesse Le cahier d'histoires.

J'ai besoin d'une vision d'ensemble, sans elle, au secours ! Pour l'obtenir, j'ai travaillé de façon à concrétiser et résumer chaque future scène du roman. Cela m'a donné une ossature, une structure, sur laquelle je m'appuie. Je la fais évoluer en cours d'écriture, en fonction de mes besoins : je supprime / ajoute / déplace / fusionne / divise ma scénarisation en fonction de l'évolution. En effet, je l'ai rédigée sous forme de tableau, c'est du coup très facile à gérer et demande juste un peu d'auto-discipline, puisqu'il faut mettre à jour au fur et à mesure de l'écriture.
Ce travail via une scénarisation détaillée me permet d'aller plus loin dans le détail qu'avec un synopsis :
- en restant synthétique,
- en réfléchissant à l'intrigue sans perdre de vue les personnages,
- en alternant plus naturellement les points de vue (enfin, j'espère),
- en conservant malgré tout beaucoup de liberté pendant l'écriture (un personnage s'invite ? aucun souci, j'absorbe et j'adapte)
- en me facilitant l'écriture du synopsis (ok, je vais être honnête, ça ne m'a pas empêchée de m'arracher les cheveux dessus et je sens que ce n'est pas terminé).
Quand je pense qu'au départ, la dernière partie du livre de John Truby me parraissait trop conceptuelle et pas franchement applicable... au final c'est sans doute celle qui m'aura le plus servi sur mon propre projet !

Cela ne me garanti absolument pas d'écrire un roman correct. Le plus important étant de l'écrire je suis quand même très très contente de l'aide et du support apportés par L'anatomie du scénario. Après, on verra si mon roman passe le cap de la primo bêta-lecture. Si c'est trop mauvais, je ne perdrai pas de temps avec, j'ai assez râmé et râme encore trop sur Romane, je n'ai pas envie de revivre ça.

Voilà pour mon retour d'expérience personnel. Je ne sais pas si ça aidera d'autres auteurs dilettantes, mais j'encourage vivement cette lecture. Même sans l'utiliser, je crois qu'on peut toujours en retirer quelque chose.  

Notez que je convoite toujours Construire un récit, d'Yves Lavandier. Mais ce sera pour plus tard, sans doute début 2013. De toute façon, d'ici là, j'ai trop de travail à abattre pour m'y consacrer.

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