5 août 2012

Enchantment Emporium

Roman urban fantasy de Tanya Huff, traduit par Laurence Le Charpentier, éditions J’ai Lu.

Depuis presque 18 mois que j’ai commencé à lire de la « bit-lit » et donc à me remettre à dévorer des romans d’urban fantasy, je crois qu’aucune couverture ne m’avait autant plu et accrochée. L’aspect graphique, à la fois sobre, girly (par le choix de couleur) et mystérieux (par la présence des vapeurs/volutes) m’a vraiment attirée et, plus encore que la quatrième de couverture qui ne donne pas beaucoup d’informations (en plus d’être un peu trompeuse), c’est cette couverture qui m’a donné envie de découvrir ce roman.


Disons le tout net, il s’agit d’un pavé car sous format poche, il frôle les 600 pages… qui se lisent comme on boirait du petit lait.
Et ce pavé, c’est de la bit-lit sans vampires, ni loups-garous. Ça change un peu (et ça fait du bien) de revenir à un bon roman d’urban fantasy, avec sorcellerie, féérie et… dragons. Ce que j’ai le plus apprécié, c’est que l’auteur considère ses lecteurs comme des personnes autonomes et ne s’est pas sentie obligée d’expliquer en long, en large et en travers comment fonctionne le clan Gale et ses particularités, ce qui a évité le côté « encyclopédique ascendant documentaire éthologique » que je trouve souvent lourd dans les romans. Je sais que cela ne plaira pas à tous les lecteurs, personnellement j’adhère à ce procédé. J’aime que l’auteur pose les choses telles qu’elles sont dans son univers et me laisse me les approprier. Les lecteurs qui aiment qu’on les prenne par la main risquent de se sentir un peu perdus.

Car le clan Gale n’est pas de tout repos. La relation entre les tantes, les cousins, les filles et les garçons est à la fois complexe et délicieusement décadente. Ce qu’on comprend vite, et c’est le principal, c’est qu’il ne faut pas les emmerder. Allie venant de perdre son job, elle revient tout naturellement au sein de sa famille le temps de faire le point. C’est là qu’elle reçoit un courrier annonçant le décès de sa grand-mère et l’héritage que celle-ci lui octroie : une boutique à Calgary. Morte, l’excentrique grand-mère ? Impossible, les tantes l’auraient senti. Disparue, par contre, cela parait évident. Elles encouragent donc Allie à reprendre la boutique, ce qui sera une idéale couverture pour enquêter sur la disparition de son aïeule. En arrivant, Allie découvre que non seulement la boutique est pleine de charmes et d’objets de pouvoirs dont certains sont loin d’être inoffensifs, mais que sa grand-mère a parmi ses clients une faune étrange. À commencer par Jo, un Leprechaun que la jeune femme s’empresse de  recruter. Mais surtout, plus étonnant, les ombres dans le ciel et la réaction des pigeons à leur présence en disent long. Il y a des dragons qui planent entre les tours de Calgary. Qu’est-ce que cela peut bien signifier ? Comment ont-ils pu « passer » ? Sont-ils liés à la disparition de la grand-mère ? Malgré les déboires de sa cousine Charly qui a bien du mal à la rejoindre, son ami d’enfance Michael qui débarque à cause d’une peine de cœur, le cousin Roland qui arrive pour vérifier la paperasse, et ce journaliste, Graham, bien décidé à l’interviewer, Allie conserve les choses en main et trouve toujours des arguments afin de repousser l’inévitable : appeler les tantes au secours.
Après tout, tant que l’on parvient à vendre des yoyos…

Le roman fourmille de plein de petites anecdotes tour à tour amusantes, décalées, le franc-parler est constant et les situations souvent croustillantes. Il y a de très bonnes idées et elles sont génialement exploitées. Seul défaut que j’ai trouvé (il en fallait bien un) : certaines tournures de phrases, certaines répliques de dialogues, n’ont aucun sens ou presque. J’ignore si le problème est d’origine ou s’il y a eu des soucis de traduction, mais ça m’a parfois sortie de ma lecture.

Notez que la quatrième de couverture est trompeuse, comme je l’ai signalé plus haut. D’une part, Allie n’est absolument pas la narratrice du roman (le point de vue est majoritairement focalisée sur elle, mais pas que), d’autre part, elle n’est pas si soulagée que ça de quitter le clan pour Calgary. Son lien avec sa famille est très fort, ce qui fait que les séparations sont douloureuses, et cela donne une dimension très intéressante à celles-ci.

Vivre au sein du clan Gale, c'est comme entrer en sacerdoce : il y aura toujours un membre de la famille pour savoir où vous vous trouvez, une tante pour vous dire quoi faire, qui fréquenter, quel charme utiliser... Lorsqu'on a 24 ans, un certain pouvoir, mais plus de boulot, revenir au foyer familial n'est pas une partie de plaisir, croyez-moi ! Le jour où ma grand-mère m'a proposé de reprendre sa boutique à Calgary, j'ai sauté sur l'occasion. Je ne me doutais pas alors que la clientèle serait pour le moins... spéciale !

Les plus du roman :
- le clan Gale, surtout Charly
- le miroir de la grand-mère
- les dragons (délicieusement imbus d’eux-mêmes, les dragons…)
- la boutique
- le bois

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