9 avril 2012

Lambeaux

Roman contemporain de Charles Juliet, éditions Folio SF (poche).

Ce livre, bien que court, aborde un sujet qui ne peut pas laisser indifférent. Je me retrouve avec la même problématique que pour les autres retours que j’ai à faire sur les formats courts (souvent appelée novella dans l’édition française) : comment en parler sans trop en dire ?


Alors je ne vais pas en dire grand-chose, je ne vais pas vous copier les quatrième de couverture trouvés sur le net (car je trouve qu’ils en disent trop), juste vous recopier un extrait révélateur du style. Un style bref, incisif, qui interpelle constamment par le tutoiement employé. Ce roman est un hymne à ces gens qui ont besoin de cultiver leurs mondes intérieurs tout en s'ouvrant, curieux, avides de réponses... mais qui ne sont pas nés au bon endroit, au bon moment, qui ont été privé d'accès à la culture, d'interlocuteur pour s’enrichir… et qui se fanent avant l’heure.
Ce livre est l'hommage de l'auteur à deux femmes : celle qui l'a fait naître et celle qui a pris le relai pour l'élever. Il est bouleversant, m'a happée. Il contient une telle violence sur le fond du propos, surtout par rapport à l’histoire contée dans la première partie, que je n'en suis pas sortie indemne. On comprend d’autant plus les répercussions sur la deuxième partie, plus autobiographique.

Ce roman parle de solitudes, d’angoisses existentielles et bien plus encore. Il est très humain, très beau, ce qui le rend d’autant plus poignant.

"Ce monde que tu découvres en toi, il te passionne. Tu aimes ces instants où tu es seule, n'as rien à faire et où tu t'absorbes en toi-même, écoutes le murmure de cette voix que tu entends toujours mieux. Elle te dit des choses qui te surprennent, te déconcertent, s'opposent parfois radicalement à ce que tu penses, mais tu sais qu'il te faut les accepter et essayer de les comprendre. Cette voix inconnue, que veut-elle ? Qu'a-t-elle à t'apprendre ? Où va-t-elle te mener ? Ce dont elle t'entretient se situe si loin de ta pauvre vie de petite paysanne que tu te sens écartelée. Il y a celle qui prépare la cuisine, fane, garde les vaches, prépare la bouillie des cochons, et il y a celle qui souffre de solitude, songe continuellement à la mort, se demande si Dieu existe, mais qu'ont-elles en commun ? Combien tout cela te paraît étrange. Et ces questions sur toi-même qui ne te laissent aucun répit. Auxquelles tu ne sais jamais que répondre. »

Les plus du roman :
- la plume de l’auteur
- l’emploi inattendu du « tu », qui m’a un peu déstabilisée en début de lecture et rend la première partie d’autant plus émouvante
- la dénonciation, tout en restant d’une grande pudeur, de certaines horreurs

3 commentaires:

  1. Oh la la, j'ai eu ce livre à étudier pour le BAC de français, en 1ère. ça fait 8 ans déjà ! Wow !

    Euh... très franchement, je n'en garde pas un souvenir impérissable de ce livre. Peut-être parce que j'étais "forcée" de le travailler. ^^'
    Je me souviens aussi que je l'avais trouvé déprimant à l'époque. Mais j'avais 16 ans. Peut-être pas un âge idéal pour découvrir ce livre. ;)

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    1. *rires*
      On conserve rarement un souvenir impérissable des romans qu'on est "forcé" de lire et d'étudier en cours (je ne veux plus jamais lire Flaubert, même sous la torture). Sauf si on a la chance de tomber sur un prof exceptionnel.
      En tout cas, je suis bien d'accord, 16 ans ce n'est pas un âge idéal pour découvrir Lambeaux et il EST déprimant par bien des côtés.
      Ma chance, c'est de l'avoir lu sur les conseils de quelqu'un, après une discussion sur l'accès à la culture sur le forum Mille Saisons. Du coup, j'étais en bonne disposition pour le lire. Mais je crois qu'après j'ai fait une cure de choses inoffensives pour ressortir la tête de l'eau.
      Je n'aurais clairement pas eu envie de lire ça pour mon bac de français et surtout, je crois que je serais passée à côté de ce qui m'a plu quand je l'ai lu.

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  2. OMG Flaubert. Pareil ! C'est quand même dommage de traumatiser des générations de lycéens avec les mêmes vieux auteurs. Alors que je suis sûre qu'aujourd'hui, j'aurais lu du Flaubert avec un tout autre regard.
    Après tout, j'ai bien lu du Pierre Loti descriptif au possible il y a quelques temps, alors que je suis sûre qu'au lycée, j'aurais détesté. ^^

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