12 mars 2012

La vestale du Calix

Roman d'anticipation (avec critique sociale inside) d'Anne Larue, éditions L'Atalante.

Voici, de mon humble avis, un roman qu'on aime ou que l'on n'aime pas, sans vraiment de demi-mesure possible, car il est corsé.
Il faut beaucoup de second degré pour l'apprécier, car on y retrouve la plume vive, drôle, mais aussi corrosive d'Anne Larue, dont j'ai parlé dans l'article précédent, dédié à son guide La femme est-elle soluble dans l'eau de vaisselle ?
Dans le principe, si on n'est pas prêt à accepter la présence d'un cheval détective en free lance, il vaut mieux s'abstenir de mettre les pieds dans cet univers ! Anne Larue évite de se prendre au sérieux quand elle parle de choses qui le sont, pour ma part j'aime beaucoup ce prodécé car il permet de supporter l'insupportable.
Bref, si vous êtes armé d'un bouclier d'humour, que vous croyez aux cheveux qui parlent, que les romans pas forcément linéaires ou logiques ne vous font pas peur... Ne boudez pas votre plaisir !
La vestale du Calix nécessite beaucoup de second degré, il contient des passages complètement à l'ouest ou absurdes, mais c'est ce qui fait son charme à mes yeux.
Les mêmes sujets traités sérieusement auraient été imbuvables.


Pour ma part, j'ai apprécié, car sous l'humour il y a de vraies critiques, de vraies questions. Chacun et chacune peut y prendre ce qu'il veut...

J'ai particulièrement apprécié le personnage d'Ankh, surtout lorsque Holinshed - le cheval qui parle, se déplace d'une époque à une autre et qui bosse en free lance - l'emmène avec lui pour une véritable virée initiatique. Ah, les goules mâles, j'en rigole encore ! Un bel exemple de parodie du mâle ténébreux se servant de ses sentiments pour asservir la femme... ou tout simplement la tuer à petit feu. Manque de chance, avec quelqu'un d'aussi libre de moeurs, d'esprit et pragmatique que Ankh, ça dégénère, forcément.
Je vous promets que les goules m'ont tellement faite rire que rien que d'y repenser, j'ai le sourire aux lèvres.
En fait, grâce à Anne Larue, j'ai compris pourquoi je n'aime pas les romances (du moins un certain genre de romances) et pourquoi la plupart des "héros pour filles" me donnent envie de vomir alors qu'ils font de l'effet aux copines.
Merci, Anne. Sincèrement. Mon romantisme ne me tuera pas et ça me rassure, quelque part.
Puis la toute fin du roman et le règlement de compte entre Anna et son "grand amour" est juste jubilatoire... surtout quand Ankh règle définitivement le problème !
(n'empêche que la vision du mariage de celui qui n'a vraiment rien d'un prince charmant fait froid dans le dos)
Notez que sous la couche d'humour, La vestale du Calix n'en reste pas moins un roman très critique, si au début c'est traité avec une fausse légèreté, il contient avant tout une vraie dénonciation de la maltraitance (conjugale et sociale) et des viols. Il permet, en confrontant des époques / cultures / points de vue différents, de montrer à quel point certaines choses acquises et "normales" pour une société donnée sont intolérables et choquantes pour une autre. Ce qui pousse à réfléchir, évidemment...
Et encore, je ne parle même pas de la société dont Ankh est originaire, une véritable dictature à laquelle la notre pourrait bien ressembler un jour, vu certains de ses travers. Il y a donc beaucoup à dire sur ce roman, mais je vais m'arrêter là.

Anna, une vestale qui subit les mêmes humiliations et maltraitances que ses semblables, est condamnée à mort pour avoir fait entrer un homme dans la salle du calix d'Esclarmonde. A cause de son acte, le vase sacré se ternit et perd tout pouvoir. Ce qu'elle ne sait pas, c'est qu'elle est victime d'une manipulation. Son maître a besoin de cobayes pour ses expériences de décorporation, il propose donc cela en guise de mise à mort. Quelle importance, puisqu'Anna n'est qu'une vestale ?
Seulement, l'expérience réussit. Anna surgit, indemne, à une autre époque. En l'an 4666, elle est devenue costumière tradi chez Thomasine Couture, habite avec Ankh Delafontaine, belle blonde médiéviste, et elle monte à cheval à Etampes. Le bonheur. Elle en viendrait à oublier d'où elle vient. Dans sa nouvelle vie, le plus difficile est de parvenir à se cacher pour ne pas obéir à l'obligation d'assister aux matchs de trimslop.

Les plus du roman :
- les portraits féminins
- l'art et la manière de traiter les sujets les plus sérieux par la dérision
- le massacre en règle des clichés des romances pleines de guimauve

2 commentaires:

  1. Je pense que c'est un livre qui pourrait me convenir, car un cheval détective free lance qui parle, j'adooooooore :D

    En tout cas, je trouve ça bien ces livres qui sont légers en apparence, mais qui touche malgré tout des sujets délicats, et qui permettent de faire avancer les choses, ou en tout cas, de se poser des questions.

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  2. Olya, dans ce cas, n'hésite pas ! La lecture devrait te plaire.

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