16 février 2012

Petites morts

Roman trans-genres de Laurent Kloetzer, éditions Mnemos.

Je nourrissais quelques craintes au début de ma lecture de Petites morts, celles d’être entraînée dans une version fantasy et sans surprise de Dom Juan, de devoir suivre un personnage masculin plutôt antipathique, entouré de personnages féminins plutôt pathétiques.

Dès les premières pages, j’ai su qu’il n’en serait rien et je me suis laissée portée, séduite par la plume de l’auteur.
Qui est Jaël ? C’est toute l’interrogation qui porte ce roman, celle à laquelle le lecteur tentera de trouver des réponses, puisqu’elles ne lui seront pas offertes. Il est certes libertin, toujours attiré par les femmes, c’est d’ailleurs sa grande faiblesse. Elles le manipulent, le modèlent, le redessinent tour à tour, chacune à sa façon. Les hommes aussi, dans une certaine mesure. On lui reproche sans cesse de fuir et d’oublier, lui-même se persuade que ce n’est jamais le cas et retombe sur ses pattes à la façon d’un chat, multipliant les vies, les maîtresses. Toujours le même et toujours différent. Sa mémoire lui fait-elle défaut ou bien tout n’est-il qu’un décor dans lequel évolue des acteurs ? À moins que tous ces hommes et ces femmes ne soient qu’autant de fantasmes?


Au début du roman, la construction se fait par tableaux, un peu à la façon d’un recueil de nouvelles qui auraient un même personnage en fil rouge. Puis les cartes sont redistribuées, les règles du jeu changent et Jaël se perd à sans cesse s’éveiller dans un rêve différent.

Un ultime réveil (mais est-ce vraiment le cas ?) et l’auteur prend alors un risque énorme, car il quitte l’univers fantasy, change de style, pour entraîner personnages et lecteurs dans une autre vision, une autre réalité (dont on a de cesse de savoir si elle l’est véritablement, réelle). La lecture est donc surprenante, sans linéarité, il ne faut pas y chercher une logique.
Qui est Jaël ? Nul ne le sait, sauf peut-être la magicienne Kirsten ou la terrible Moïra, puisque lui-même l’ignore… Sans nul doute est-il tel que les femmes le désirent.

J'ai vraiment aimé le début, par contre le dernier tiers m'a moins entraînée. Il contient des éléments qui méritent que l'on s'accroche mais je pense pour être honnête qu'autant certains lecteurs salueront le coup de bluff, autant d'autres comme moi risquent de rester sur la touche.
C'est un roman étrange, dans lequel l'auteur ne cesse de redistribuer les cartes, avec des passages souvent superbes et oniriques, sensuels ou érotiques, parfois malsains ou dérangeants mais toujours justifiés dans le cadre des intrigues globales (il n'y a jamais rien de gratuit dans ce roman).

Petites morts est donc bien plus complexe que ne le suggère la quatrième de couverture. Ou du moins plus complexe que ce à quoi je m'attendais, car ce n'est pas "juste" une histoire de libertinage, il y est question de mémoire, de la recherche de ces souvenirs qui font ce que l'on est... ou défont ce que l'on croit être.

(encore une fois, je me contente de recopier la 4ème de couverture de l'éditeur, parce que c'est encore le plus simple)

Libertin, bretteur, Casanova imaginaire, écrivain, menteur, tel est Jaël de Kherdan... Jeunes filles en fleur ou dames aux moeurs légères, les femmes l'aiment et l'entraînent tour à tour dans leurs jardins secrets. Éva la lunaire, Léora la solaire, la magicienne Kirsten, Mademoiselle Belle, Sara la bravache... Toutes ont succombé à son verbe et à son charme. Mais quand la fête tourne au cauchemar, quand l'amour mène aux larmes et le sexe à la souffrance, Jaël s'enfuit toujours, pour recommencer ailleurs, autre part, une nouvelle histoire. De songe en songe, le rêve et la réalité se confondent dans cette fantasie légère et élégante où jeux de miroir et de plume s'entremêlent pour un plaisir de tous les sens.

Les plus du roman :
- les portraits de femmes
- les faux semblants et les décors de carton pâte
- la plume de l'auteur, tout à tour romantique, onirique, moderne et tranchante
- les rêves qui s'imbriquent et dont souvent Jaël se réveille dans la douleur
- l'érotisme élégant, dosé avec justesse

Note : j'oubliais ! La couverture vous parait peut-être étrange, singulière, mais c'est normal car elle illustre un lieu récurrent très particulier du roman.


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