10 novembre 2011

[Série] Chien du heaume

Romans fantasy (ou historiques selon vos goûts) de Justine Niogret, éditions Mnemos.

Note : attention, à réserver à un public averti, ces romans sont crus et violents.


Tome 1 : Chien du Heaume


S’il existe des romans qui déchirent tout, celui-ci, je dirais plutôt qu’il tranche… Tout a commencé à cause d'Emma, je ne sais plus comment c’est venu, nous parlions des sorties récentes en SFFF ou bien des « bons premiers romans » sortis débuts 2010, le souvenir m’échappe. Ce dont je me souviens, c’est qu’elle m'a laissé un message sibyllin : « Lis Chien du heaume. »
Sans autre commentaire.
J’avoue que j’ai presque envie d’en faire autant sur mon blog tellement je trouve intéressant d’attaquer ce roman sans a priori, comme je l’ai fait après avoir mis la main dessus (aux Imaginales, festival auquel il a d’ailleurs été primé !).


Je ne vais pas mentir ni tourner autour du pot, je n’ai pas pu lâcher Chien du heaume car il prend aux trippes. Ce roman possède des ambiances particulières, en huis clos, confortées par le passage de saisons aussi dures et âpres que les personnages.

L’intérêt principal du roman n’est cependant ni dans les décors, ni dans les atmosphères, à mon avis, mais bien dans le personnage de Chien. Enfin une femme qui se bat, non pas pour le plaisir ou pour fuir, mais parce qu’elle a été « dressée » à ça : c’est son gagne pain, son assurance vie et son meilleur moyen de trouver et conserver un protecteur pour s’assurer gîte et couvert.
Chien n’est ni un canon de beauté, ni une catin, ni un élément du décor. Elle est et elle agit, tout simplement, avec une motivation profonde : retrouver son véritable nom en fouillant dans les miettes de son passé. C’est ce qui la tient debout, mais pas seulement : cœur généreux, elle se nourrit de l’amitié des hommes qui l’entourent et dont elle partage le quotidien. Autant dire que la très jeune et vicieuse Noalle forme un pendant inverse tout à fait intéressant… que l’auteur a très bien exploité.

J’ajoute que le prologue m’avait laissée très curieuse et que j’ai eu la réponse, discrètement glissée vers la fin du roman. J’adore quand un auteur maîtrise complètement son roman, donc cela m’a fait super plaisir (je ne peux pas en dire plus, désolée, ce serait un spoiler impardonnable, mais voilà, je tenais à le signaler).

Après une nouvelle chasse, Chien se traîne jusqu’à une auberge. Celle-ci est située sur de nouvelles terres que la guerrière compte peut-être traverser, peut-être pas, qui saura jamais ? Car dans cette auberge, elle rencontre Bruec. Ce chevalier prétend avoir besoin de quelqu’un de sa trempe pour trouver un dernier gibier à abattre, afin d’apporter du sang frais à son épouse, avant que l’hiver ne coupe son château du reste du monde et qu’il ne faille vivre sur les réserves et provisions. En échange, il invite Chien dans le château en question. La proposition n’a d’autre but que de lui permettre de s’attacher les services de la guerrière sans blesser sa fierté.
Celle-ci accepte, d’autant plus que la hache de Bruec et le motif qu’elle porte l’interpellent…


Tome 2 : Mordre le bouclier

La chronique de ce roman est l’une des celles qui m’aura le plus coûté cette année car je ne sais toujours pas quoi en penser. Quelque part, Chien du heaume m’avait tant séduite que je me suis jetée sur Mordre le bouclier lorsque je suis tombée dessus en librairie et j’ai retrouvé dans cette suite une bonne partie des qualités qui m’avait plu dans le premier opus.


D’un autre côté, je ne peux pas mentir, cette fois-ci la magie n’a pas opéré.
Est-ce uniquement dû au fait que je n’ai rien compris – au moins je suis honnête – sur les deux ou trois derniers chapitres, là où tout est censé prendre sens ? Ce qui m’a valu de m’interroger sur le fait qu’en réalité je n’ai peut-être rien compris à l’ensemble du roman.
Ou bien ai-je juste regardé le convoi passer sans parvenir à m’y joindre ?
Est-ce le caractère systématique des échanges entre les personnages qui m’a prise au dépourvu ? Ils sont très bavards ces personnages et parlent rudement (trop) bien, avec un sens de la psychologie époustouflant pour des gens de leur condition. C’était sans doute déjà ainsi pour Chien du heaume mais ça ne m’y avait pas autant interpelée. Les longs monologues de Mordre le bouclier m’ont parfois laissée perplexe, même s’ils restent un régal.
Au final il ne s’y passe pas grand-chose dans ce roman mais on y bavasse beaucoup.
La dernière option, c’est que j’ai peut-être été lassée par l’acharnement systématique sur les personnages, cette volonté de sans cesse les marquer dans leur chair, dans leur vie, de les maltraiter à tout bout de champ. La violence prégnante était déjà notable dans Chien, là je suppose que je l’ai trouvée insupportable. La scène dans laquelle Chien touche de prêt la folie et se mutile les mains en particulier, surtout qu’elle n’en conserve aucune séquelle du côté de ces dernières, ah ! la magie de la fantasy (pas un seul nerf, tendon ou artère sectionnés, ayant goûté personnellement aux dégâts du verre, j’avoue que ça m’épate).

Bref, je pense que c’est très personnel mais je suis passée à côté de ce roman.
Pourtant, je n’irai pas jusqu’à le déconseiller, il a les mêmes qualités que Chien du heaume, cette même ambiance particulière, dont une bonne part se déroule en huis clos. Là c’est juste moi qui n’ait pas accroché.

Au castel de Broe, six mois après la perte de plusieurs de ses doigts, Chien se morfond. Bréhyr, la grande guerrière, la tire de sa mélancolie pour l’enjoindre de l’accompagner sur la route de la croisade, afin d’atteindre le Tor, tour écartée de toute civilisation. Le Tor est un endroit clé où toute personne revenant de la croisade est obligée de passer afin de franchir les montagnes. Bréhyr compte y guetter la venue du dernier homme dont elle doit se venger
Mais la route pour l’atteindre est longue et les deux femmes remontent le sillage de la croisade, Chien se perdant un peu plus à chaque occasion, trouvant dans la folie de certains rescapés écho à celle à laquelle elle craint de céder.



Les plus de la série :

- le fond très médiéval, toute notion de magie en est quasi-absente, il peut donc plaire autant aux amateurs de fantasy qu’aux amateurs de romans historiques
- le personnage de Chien, pour toutes les raisons déjà évoquées
- les autres personnages, qui ne font pas non plus dans la dentelle ni dans le décorum
- la très charismatique Salamandre, dont on ne connaîtra jamais vraiment la nature, cauchemar des hommes de guerre qui n’est pourtant pas le « méchant » du roman
- le style, tranchant et âpre lui aussi, qui colle parfaitement pour donner ton et ambiance (amateurs de mièvrerie, abstenez-vous)

6 commentaires:

  1. Si ça peut te rassurer, je ne suis pas arrivée au bout. Trop crade, trop bavard, trop psy pour moi.
    Après un paquet de gosses morts, j'ai arrêté. Je réessayerai dans quelques mois, peut-être.

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  2. Pareil que toi Roanne, je n'ai pas accroché à ce 2e tome alors que j'avais adoré Chien du heaume. Il est toujours très bien écrit mais il ne se passe rien... Assez décevant en fait.

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  3. Merci pour vos retours, quelque part j'avoue que ça me rassure (la rencontre ne s'est pas faite sur ce roman mais je ne suis pas la seule, au final, donc ce n'est pas uniquement une question de sensibilité).

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  4. ^^ perso, je n'ai même pas réussi à lire le premier tome. J'ai refermé le livre après le prologue. Faut dire aussi que la petite fille sacrifiée le Chien avait le même âge que ma toute petite donc, ça a dû jouer ^^
    Je découvre ton blog, la bannière est superbe!

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  5. Alors bienvenue Kashiira ! Là, tu parles de Chien du heaume je suppose, c'est sûr que le prologue est perturbant. Dans Chien, ce qui est vraiment étrange, c'est que malgré la dureté du contexte et des actes, les personnages restent des bisounours au fond, enfin je ne sais pas comment l'exprimer, c'est Pingu qui m'avait ouvert les yeux là-dessus.
    Pour la bannière, c'est une création de Magali Villeneuve et tout ce qu'elle fait est absolument magnifique.

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  6. Avec le recul, je crois avoir compris ce qui m'a le plus dérangée dans ce roman, par rapport au précédent.

    Dans Chien du heaume, Chien agit beaucoup, elle maîtrise un minimum ses choix et son destin. Elle assume même quelque part la formation de Yynge (je ne suis plus certaine de l'ortho mais j'ai la flemme d'aller vérifier ^^).
    Dans Mordre le bouclier, elle est beaucoup plus passive et dépendante, elle se positionne presque en élève par rapport à Bréhir, bref donne l'impression de régresser et d'être moins adulte et autonome. Je crois que ça m'a pas mal gênée inconsciemment. C'est comme si elle avait évolué... dans le mauvais sens.

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