11 juillet 2011

Présumé coupable

Novella fantastique (ou pas) d’Isabelle Guso, éditions Griffe d’Encre.

Ce texte est très particulier car il aborde un sujet complexe, difficile et sur lequel les passions se déchainent.
Il n’a pas pour objectif de faire la morale, de décrier, encore moins d’excuser. Il parle d’êtres humains qui se savent différents, qui aiment trop et mal un objet qu’ils n’ont pas le droit d’aimer sous peine de le détruire. Il n’y a pas besoin de prononcer le mot, vous avez deviné de quel sujet au combien tabou parle cette novella.
Ne vous récriez pas ! Ce qui fait tout l’intérêt de ce texte, c’est qu’il parle de ceux qui refusent de passer à l’acte. Cela le rend indispensable, car il fallait du courage à une auteure, mère de famille, pour dépasser ses a priori et écrire un si beau texte sur le sujet.
Isabelle Guso nous parle donc de ses êtres qui se battent quotidiennement contre eux-mêmes, contre leurs propres démons et leurs penchants… Sans jamais pouvoir demander de l’aide, prisonniers de leur propre solitude. Car aux yeux de tous, ils sont présumés coupables.


C’est donc un texte fort, à titre personnel il m’a ouvert les yeux et obligée à revenir sur bien des choses que j’avais pu affirmer sans savoir. C’est un texte qui nous grandit, pour le peu qu’on se donne la peine de le lire, puis d’y réfléchir, au calme.
En même temps, il est écrit à la façon d’un thriller palpitant, angoissant, ce qui fait qu’à titre personnel je n’ai pas pu le lâcher. Avec en plus de superbes passages très justes sur les relations hommes-femmes dont la justesse met en lumière des vérités encore trop vraies (… quand pulse derrière les paroles le besoin de posséder et de dominer).

Je n’en ferai pas de résumé car cela reviendrait à spoiler la quasi-totalité de l’histoire, vu que c’est une novella (roman de très court format), du genre qui se lit en une soirée. Déjà j’ai l’impression de trop en dire avec ce retour de lecture. Je vais donc recopier le 4ème de couverture, qui est… juste parfait.

Autour de mes démons, une armure de papier.
Mon Peter Pan dans sa tombe, ma forteresse.
Mentir puisqu’il le faut.
Lutter seul.
Et tenir bon.

Les plus du roman :
- le traitement, tout en finesse, d’un sujet très difficile
- le fait que ça reste malgré tout une histoire passionnante, à la limite du thriller
- la réflexion qu’il apporte, celle qu’il encourage à développer
- les postfaces (à lire ! vraiment !)
- la plume de l’auteur qui donne un écrin parfait au tout

3 commentaires:

  1. J'ai peut-être moins ressenti l'aspect "réflexion" parce que sur ce coup-là, Isa prêchait une convaincue, mais il est vrai qu'elle a une plume magnifique et que cette novella est incontournable.

    RépondreSupprimer
  2. Je m'étais surtout très peu interrogée sur le sujet et je ne voyais que la partie médiatique consacrée au cas de ceux passés à l'acte (récidivistes ou potentiels récidivistes). Il faut dire aussi que je ne suis pas parent, ceci explique peut-être cela.
    En résumé, oui, j'ai dû en dire des conneries. Et je ne suis pas à l'abri d'en dire de nouveau, peut-être pas sur ce sujet-ci maintenant qu'Isabelle m'a poussée à m'interroger, mais sur d'autres.
    Je suis blindée d'a priori "à la con" sur tout plein de choses, je me demande si une vie me suffira à les faire tomber. On est le fruit de son éducation pour une bonne part et la mienne m'a laissé des œillères. Heureusement, j'en ai pris conscience et des textes comme celui d'Isabelle m'aident à ouvrir les yeux, écouter.
    C'est important pour les gens comme moi, à condition qu'ils acceptent bien entendu de se remettre en cause. Après, saurais-je tendre la main si j'étais confronté à un tel cas ? Là, je ne m'avancerais pas si loin. Je crois surtout que je flipperais grave à l'idée de ne pas être à la hauteur de la confiance accordée et de ne pas savoir aider la personne à tenir bon.

    RépondreSupprimer
  3. Être parent ne change pas grand-chose à l'affaire, je crois.
    Quelles que soient mes convictions par ailleurs, le premier qui touche un cheveu de mes oursons, je lui fais bouffer ses tripes.

    Mais chez Maître Mô, il y a eu quelques échanges de messages avec des gens qui se débattaient au quotidien avec ce genre de pulsions. C'est une lutte de chaque instant dans laquelle on a du mal à trouver de l'aide, tant les préjugés sont forts tout autour.
    Le résultat, c'est qu'on a de l'autre côté de l'écran un pauvre garçon seul, déprimé, conscient de ne jamais pouvoir vivre un jour ce à quoi une majorité de personnes aspire : une vie de couple harmonieuse. Ça donne envie d'aller lui payer une bière, lui taper sur l'épaule, bref, casser un peu cette solitude.

    RépondreSupprimer