5 mai 2011

Les joies du bénévolat (mais pourquoi je m’investis autant, d’abord ?)

Cela fait un certain temps que je n’ai pas utilisé Plumes Sauvages dans le cadre de sa fonction première, à savoir écrire des articles. Rendre à mon blog son rôle initial, dans une mesure raisonnable me chatouille depuis un moment.
Ce que j’entends par là, c’est qu’il n’est pas question de vous parler de ma nouvelle coupe de cheveux, du nombre incroyable de paires de chaussures que je stocke et des conséquences de ces futilités sur ma vie.
Ce qui est de l’ordre du perso-privé-superficiel, je n’ai plus envie d’en faire étalage (de toute façon ce n’est pas intéressant et certains évènements, liés d’ailleurs à ce qui va suivre, me prouvent que dans une certaine mesure, se protéger et protéger ses proches, ce n’est pas un luxe) (puis pour ça il y a fesse de bouc, hu hu hu).

Sur Plumes Sauvages, j’ai envie de parler de ce que j’apprécie, de ce qui me porte au quotidien (ou pas). Or, à ce titre, je ne peux nier l’incroyable importance prise par les vies associative et communautaire dans mon emploi du temps personnel.

Il y a quelques années, alors que je discutais avec un membre du bureau d’une association dont j’étais « simple adhérente », j’ai été marquée par l’une de ses réflexions :
« C’est de plus en plus difficile de trouver des gens qui s’investissent. Maintenant, tout le monde préfère se consacrer à son jardin et son barbecue. »

Je n’avais peut-être pas saisi la portée de cette constatation. J’avais bien compris à l’époque qu’il est de plus en plus difficile de convaincre des gens de donner de leur temps et de leur énergie, mais je ne m’étais pas interrogée sur les causes. L’eau a coulé sous les ponts, les années ont passé.
Naviguant « en plein dedans » depuis un certain temps déjà, je peux affirmer que j’en vois déjà une, de cause, qui couperait l’envie à n’importe qui de s’investir dans du bénévolat associatif : le manque de respect. Un manque qui peut prendre de multiples formes et se montrer insidieux.

Pour ma part, je m’investis de façon active sur deux associations – celles pour la création desquelles je me suis personnellement mouillée – et je suis membre (plus ou moins actif) de quatre autres associations. Donc, j’en vois passer des vertes et des pas mûres, que cela m’impacte personnellement ou des personnes que j’apprécie.
Notez, je ne resterais pas dans une seule de ces associations si elles n’étaient pas soutenues par des personnes précieuses, appréciables et passionnées. C’est elles aussi que je défens par ce billet.
Le bénévolat associatif, c’est souvent des gens qui font un travail formidable en essayant de maintenir un équilibre sain ainsi qu’une ambiance sereine et détendue. J’ai de la chance à ce niveau, surtout du côté de L’Armoire et de CoCyclics / Tremplins : les équipes avec lesquelles je passe virtuellement - ou concrètement, dans la vie réelle - une bonne partie de mon temps libre personnel, sont top. Même quand nous ne sommes pas d’accord, il y a toujours moyen de discuter, négocier, trouver un arrangement ou un compromis. Je pense que c’est ce relationnel humain riche et mature qui a autant d’importance pour moi et justifie mon investissement sur ces projets. Il y a des coups durs, je doute souvent, je ne me sens pas toujours à ma place, mais par chance l’entraide et une bonne communication me permettent de préserver la motivation première et de m’accrocher. Les autres bénévoles forment mon filet de sécurité, l’élastique qui me permet de sauter, le baudrier qui me permet de grimper. Vous l’aurez compris, j’aime ce travail d’équipe.

Cependant, de plus en plus, je constate des dérives - en général de la part de personnes complètement extérieures aux associations et qui « débarquent » avec leur gros sabots.
Attention, je ne parlerai pas ici de reconnaissance (même si quelque part c’est très lié et qu’il est facile de confondre). Je voudrais juste parler de relationnel et de la façon dont, de plus en plus, les bénévoles peuvent être maltraités, voir traités comme des chiens, par des gens qui n’ont semble-t-il aucune conscience du travail que l’on peut être amené à abattre. Des gens souvent promptes à s’imposer comme juré-juge-bourreau sans la moindre jugeote et pour lesquels le terme « respect » semble absent de leur vocabulaire.

Croyez-moi, il n’y a pas besoin d’utiliser des injures, d’être grossier, pour se montrer très irrespectueux et pour blesser une personne pleine de bonne volonté. J’ai vu passer des « mots doux » rédigés dans un français irréprochable, que je pourrais même qualifier d’administratif, qui étaient de véritables déclarations de guerre (guerre des tranchées, cela va sans dire, car chacun ne peut que camper sur ses positions et qu’il faut rester urbain). Ceci-dit, j’ai aussi vu passer ou reçu des choses bien plus fleuries. Sinon ce ne serait pas drôle…
J’ai donc envie d’exprimer le ras-le-bol que j’éprouve face au déferlement de ces trolls qui s'autorisent à juger, critiquer et qui ont des exigences complètement surfaites par rapport à ce que peuvent fournir des bénévoles, comme si ces derniers leur devaient quelque chose et qu’ils étaient salariés d'une entreprise prestataire de service, avec des comptes à rendre à des clients.

Je trouve personnellement que les associations auxquelles j’adhère ont une démarche qui fait très pro, et c'est normal puisqu’elles sont amenées à échanger avec de véritables professionnels. Elles doivent se montrer à la hauteur. Cependant il y a des comportements abusifs que j’ai de plus en plus de mal à comprendre et surtout à supporter.
Ce serait bien que les gens, que ce soient :
- de simples quidams qui ne font que passer,
- des inscrits d’un forum qui profitent des moyens techniques mis en œuvre, financés et entretenus par une association donnée
- des adhérents non actifs ou trop récents qui ne connaissent pas les rouages
… ne perdent jamais de vue que notre fonction reste du domaine du bénévolat. Il est important pour nous que cela reste un minimum de l'ordre du plaisir gratifiant car, je le répète, ce n’est pas un job, nous ne sommes pas rémunérés pour cela.

On se donne déjà assez de mal dans notre véritable vie professionnelle, celle qui paye les factures et nous permet de remplir nos placards. Alors qu’elle demande déjà du temps, de l’investissement, du travail, si la vie associative apporte une source d’ennuis, de conflits, de comptes à rendre, quel est l’intérêt d’en rester bénévole ?
Qui ne serait pas écœuré, dégoûté, et décidé à se consacrer uniquement à son jardin et à son barbecue à force d’usure ?

Je vous l’avoue très franchement, j’ai de plus en plus de mal à supporter les gens qui :
- me cassent les pieds pour un rien,
- minimisent mon travail ou mon investissement,
- ne respectent pas les règles de fonctionnement d’une association ou d’un forum donné parce qu’ils estiment que ce n’est pas bien grave,
- pensent que je dois être à leur disposition et répondre dans l’heure à la moindre demande.
Ils sont très minoritaires, par chance, mais ils ont une véritable capacité de nuisance sur les bonnes volontés.
Ces personnes là n’ont pas conscience que les bénévoles ne sont par à leur botte et n’ont pas à leur dérouler le tapis rouge. Les équipes, que ce soit sur L'Armoire ou CoCyclics/Tremplins, font déjà énormément d'efforts de communication (sur leur temps perso, je le répète) pour ne pas avoir à essuyer des sous-entendu qui n'ont d'autre objectif que de déstabiliser un travail de fond qui est assez mûri et discuté pour être bien fait.
Le temps et l’énergie dépensés à gérer les casse-pieds sont autant de temps et d’énergie perdus pour des choses plus intéressantes (répondre à des questions justifiées, cogiter à une amélioration, préparer un évènement ou une communication, etc.).
Si vraiment un système ne vous plait pas, rien ni personne ne vous oblige à l’adopter. Inutile donc d’attaquer ses bénévoles, vous ne ferez que les braquer et vous les mettre à dos. Allez chercher ailleurs ce qui vous intéresse ou mieux : créez votre propre système.

Vous vous demandez sans doute pourquoi, vu la saturation qui perce dans les paragraphes précédents, je continue à m’investir dans mes associations de prédilection ? Il se trouve que j'y crois et que je veux continuer à les soutenir, à en suivre l’évolution, tant que cela reste dans mes moyens.
L'autre motivation c'est cette majorité de gens absolument formidables que j'y croise. Ils méritent que je me décarcasse pour eux, d’autant plus qu’ils connaissent – ou apprennent vite – les limites à ne pas dépasser.
Qu’une majorité de personnes qui n’ont rien à se reprocher trinquent à cause d’une ou deux plaies, ça me fait mal.
Donc, avant de jeter la pierre, n’oubliez jamais que derrière un bureau, un conseil d’administration, la couleur spécifique d’un modérateur, d’un intervenant ou d’un administrateur, il y a avant tout des êtres humains normaux. Ils ont une vie à eux, avec ses hauts et ses bas. Ils n’ont pas forcément envie qu’on leur en rajoute au niveau des derniers cités.



11 commentaires:

  1. \o/ Cela fait du bien à lire ! Il n'y a pas de raison pour que toi et d'autres bénévoles preniez des coups alors que vous abattez un travail formidable !
    Je le dis, je le répète, je suis toujours admirative de tout ce que tu arrives à faire et de l'énergie tu déploies au quotidien. Je crois bien que je serais incapable d'en faire autant quand j'aurai un job à l'avenir. ^^'
    Enfin je voulais te dire que je te soutiens dans ta démarche. Il y a des limites à respecter. Ce serait bien qu'un certain nombre de personnes le comprenne...

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  2. Merci miss !
    Et surtout, merci pour tous ceux qui vivent la même chose que moi (et qui sont, je le dis et le répète, formidables !)

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  3. Respect !

    (Et sus aux trolls !)

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  4. Joliment écrit... et tellement vrai. :)

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  5. Comme le dit Beorn, bien écrit et si vrai. Bon courage en tout cas.

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  6. Cassiopée09 mai, 2011

    Miracle : j'ai enfin retrouvé l'adresse de ton blog !!! Non, non, ça n'était pas très difficile, il suffisait de trouver dans le fouillis de ma vie les 5 minutes nécessaires.

    Oui, c'est vrai, quand mes sociétés me laissent tranquille, que mon couple a son compte et que j'ai un peu de temps pour moi, je préfère me consacrer à mon jardin et au nylon (le barbeuk, c'est pour Orion) ; les rares services que j'assure pour Terre des Enfants ne servent qu'à me rappeler que je n'en fais pas assez, pfffffffttt la honte...

    Je comprends bien, en tant que modératrice d'une communauté, les irrespects auxquels tu es exposée et le dégoût qu'ils provoquent en toi.
    Il y a, de mon point de vue, deux réactions possibles que l'on peut avoir simultanément : ignorer le malotrus (l'envoyer au diable si faute grave) et se repaître des appréciations de ceux qui, quant à eux, apprécient ton boulot à sa juste valeur.
    Genre moi... qui vais bientôt t'envoyer un bon de commande pour le numéro que j'ai raté et les prochains, si, si j'te jure, dès que j'aurai fini de m'occuper de mon jardin !

    Heu... on peut voir ta nouvelle coupe ?

    Bizzzzz Miss

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  7. Un petit coup de gueule pour le dire ne fait jamais de mal (sourire)... Je suis bénévole aussi dans un spectacle comme acteur, et je m'y retrouve, le sentiment d'appartenance, le don de soir, l'oeuvre collective et le plaisir donné au public en en prenant soi-même avec les autres...
    Bonne journée, bon courage, et bisous.

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  8. je la refais...

    Un petit coup de gueule pour le dire ne fait jamais de mal (sourire)... Je suis bénévole aussi dans un spectacle comme acteur, et je m'y retrouve, le sentiment d'appartenance, le don de SOI (même si se passe le soir, c'était un lapsus), l'oeuvre collective et le plaisir donné au public en en prenant soi-même avec les autres...
    Bonne journée, bon courage, et bisous.

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  9. Je ressens ta frustration et suis bien d'accord! Courage et ne lâche pas: ça me rappelle de peut-être dire plus souvent aux gens que j'apprécie leur travail.

    Pour ma part, je ne fais pas de bénévolat en tant que tel, mais je suis militante à mes heures perdues et parfois aussi dégoûtée du peu de cas qu'on fait de nous. Avoir une opinion différente est une chose, être bien content de nous laisser faire un boulot qui, s'il réussit, leur profitera, en est une autre... C'est vrai qu'on ressent beaucoup de désintérêt, d'indifférence. Les gens oublient facilement qu'ils vivent dans une société où rien de ce qu'ils ont n'est dû qu'à eux seuls.

    Dans le milieu, nous parlons aussi de récompense symbolique: nous ne sommes pas payés, mais nous nouons des amitiés, vivons des expériences, etc. C'est ce qui nous aide à continuer malgré les aspects moins roses.

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  10. Ca c'est jeté !
    Il fallait que cela soit dit et entendu.
    Merci au nom de tous les bénévoles.

    Patrice - L'Homme au Chapeau

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  11. C'est très bien dit !
    Ce genre d'attitude irrespectueuse est souvent désagréable aussi pour les personnes qui y assistent et se rendent compte du travail formidable que vous faites tous en tant que bénévoles.

    Je crois, malheureusement, qu'il y a des gens qui ne vivent que dans l'opposition aux autres et se nourissent des conflits. C'est ce type de personnes, souvent, qui nous font perdre de l'énergie.

    Mais j'aime penser qu'on construit avec les autres et non contre eux et c'est ce que j'aime chez Cocyclics.
    Bises

    Any

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