18 avril 2011

La voleuse de livres

Roman historico-fantastique de Markus Zusak, traduit par Marie-France Girod, livre de poche Pocket (Oh ! Éditions).

Ce roman a été mon gros coup de cœur en 2010. Pourtant, le contexte n’était pas des plus faciles : l’auteur emmène ses lecteurs en pleine seconde guerre mondiale, dans l’Allemagne nazi des « gens d’en bas », ces allemands humbles, voir pauvres, qui ont le plus subi les répercussions de la guerre.

Bien que le narrateur soit la Mort, je me suis complètement immergée dans la vie de ces gens, qui devient rapidement de la survie au fur et à mesure que le temps passe et que les denrées alimentaires et autres se font rares pendant que les frappes aériennes se multiplient. Le contexte n’est donc pas aisé pourtant ce roman est un bijou d’humanité, émouvant au-delà de tout. C’est un livre qui touche et qui marque, qui fait rire et pleurer.
La Mort raconte les choses avec un regard bien à elle mais elle est la première à l’avouer : les êtres humains la touchent. Et c’est exactement ce qui se passe avec Liesel, mais aussi avec ses proches. Le passage où la Mort livre son avis sur la guerre vaut d’ailleurs le détour à lui seul.


L’autre gros point fort du roman, ce sont les personnages. Ils sont superbement caractérisés, ce qui était là aussi une gageure. Par exemple la mère adoptive jure comme un charretier, donne un aspect rustre et un peu brutal, et c’est pourtant une femme d’une grande générosité, qui prend soin de ses proches. Je ne vais pas lister l’ensemble des personnages mais que ce soit Rosa et Hans (les parents adoptifs), Rudy (le gamin fan de Jesse Owens), Max, la femme du maire, chaque portrait est juste. Et tout ce petit monde se croise et évolue sans aucune fausse note. Ce qui contribue bien entendu à s’attacher à chacun d’entre eux.

Liesel joue de malchance : ses parents sont pauvres et communistes. En pleine Allemagne nazi, forcément, cela dérange. C’est pour cela que sa mère les emmène, son frère et elle, à travers le pays pour les confier à une famille d’accueil. Mais le petit Werner décède de façon brutale, dans le train. Après avoir délicatement emporté l’âme de l’enfant, la Mort revient pour son enterrement, sans trop savoir pourquoi, attirée par Liesel. Lorsqu’elle surprend la fillette qui ramasse et garde pour elle un livre tombé de la poche d’un fossoyeur, la Mort décide de la conserver à l’œil, la surnommant avec affection « la voleuse de livres ». Car ce rapt n’est que le premier d’une série… un comble pour une enfant qui ne sait pas lire.

Les plus du roman :
- le narrateur – la Mort – avec son ton plein d’humour, d’ironie mais toujours… étonnamment humaine
- la découpe originale du roman (la présentation des chapitres, en particulier)
- la poésie du ton : l’écriture (et sa traduction) est lumineuse sans jamais être « chiante » ou difficile d’accès
- les différents personnages, avec leurs caractères bien trempés (ou pas)
- l’absurdité de la guerre, démontrée de façon très subtile
- la leçon de survie, en particulier via la lecture et l’écriture (d’autant plus belle que Liesel doit se battre pour les apprendre)

2 commentaires:

  1. Ce n'est pas le roman qui a inspiré le film The Book Thief ? En tout cas, ta chronique donne envie, j'avoue qu'avoir la Mort comme narratrice doit être une sacrée expérience !

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    1. Je confirme, c'est bien le roman à l'origine du film.
      Avec le recul, en relisant mon retour de lecture à froid, je me rend compte que je me suis auto-censurée dessus tellement j'ai adoré ce roman : j'ai eu peur d'un excès d’enthousiasme... alors qu'il reste à ce jour l'un de mes romans préférés, toutes lectures confondues.
      J'avoue que j'ai très envie de voir l'adaptation cinéma tout en étant très frileuse. Je pense que la narratrice (la Mort) a été retirée du film et du coup, ça doit enlever une bonne partie de l'intérêt en le transformant en "simple" film historique, là où le roman est tellement, tellement plus !

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