23 mars 2011

Le magasin des suicides

Roman d’anticipation de Jean Teulé, éditions France Loisirs avec l'autorisation des Éditions Julliard.

Ce court roman, à la limite de la novella, a été une sacrée surprise. Pour moi, c’est un bonbon, acidulé et piquant, qui surprend à bien des titres. Tout d’abord par l’écriture, qui s’assume sur un ton résolument emprunté à la littérature jeunesse, légère, naïve, enlevée alors que sur le fond, ce roman est clairement à réserver à un public ado/adulte. 

(je n'ai pas trouvé la couverture de la version que j'ai lue, éditée par France Loisirs) 
(donc je vous colle la couverture Pocket, très bien aussi !)

Ensuite par la thématique. Imaginez, dans un avenir plus ou moins proche, que le suicide se soit institutionnalisé. Que mettre fin à sa vie soit tout ce qu’il y a de plus normal et que ce soit même élevé au rang d’art par certains. Tout est prétexte au suicide : blues, peine de cœur, suicide de l’un de ses proches… C’est ainsi que ce sont développés les magasins de suicides, qui vous vendent tout ce qu’il faut pour vous assurer une fin volontaire qui vous ressemble et dans vos moyens. Evidemment, les familles qui tiennent ces boutiques n’ont pas le droit, elles, de mettre fin à leurs jours. Sinon qui aiderait les autres à le faire ?
Vous l’avez compris, derrière son ton faussement naïf, ce roman est d’un cynisme jubilatoire.

Dans la famille Tuvache, cela fait dix générations que l’on vend des suicides sur mesure (ou pas). La petite boutique prospère dans un état général de dépression assumée, jamais il n’y rentre un rayon de soleil. Jusqu’au jour où l’évidence frappe Mishima et Lucrèce Tuvache : leur troisième enfant, Alan, sourit aux clients. Alors que le garçon grandit, l’évidence et la consternation frappe toute la famille : il est l’incarnation de la joie de vivre et de l’optimisme, prenant toujours la vie du bon côté. Ce qui n’est pas bon pour les affaires…

Les plus du roman :
- le ton résolument joyeux et enlevé, associé à une histoire somme toute bien cynique
- le personnage d’Alan, que rien n’y personne ne parvient à changer
- l’univers un peu barré qui entoure la boutique
- la boutique en elle-même, personnage à part entière
- les personnages secondaires (le choix des prénoms dans la famille Tuvache est amusant, d’ailleurs…)

3 commentaires:

  1. J'ai beaucoup aimé l'humour noir et le ton original de ce bouquin. Pour moi, le lire a été une sacrée expérience et je suis contente que tu partage mon ressenti.

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  2. Tu l'as lu aussi ! Je ne suis pas vraiment étonnée dans ce cas qu'il t'ait aussi plu. :)
    Et c'est vrai que c'est une sacrée expérience ce roman.

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  3. Merci de relayer ce livre, j'ai connu Jean journaliste à la télé, c'est aussi un grand (et par la taille, sourire) écrivain, bisous à toi...

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