18 février 2011

[Série] Moana

Romans d’anticipation (post-apocalyptique) de Silène, éditions du Jasmin.


Tome 1 : La saveur des figues

La saveur des figues, c’est plus qu’une rencontre, c’est un très beau coup de cœur. Pourtant, il s’agit d’un pur roman jeunesse, destiné aux grands enfants et jeunes adolescents, conçu et écrit pour eux. En effet, l’écriture est pensée et adaptée pour ce public de lecteurs, La saveur n’est pas censé être un roman passerelle : pendant la totalité du roman, c’est Moana qui s’exprime et raconte son histoire, celle de sa famille, puis l’incroyable voyage dans lequel elle s’engage. Elle raconte tout cela avec sa voix, ses mots, tour à tour naïve, touchante, puis rebelle, de plus en plus rebelle, au fur et à mesure qu’elle ouvre les yeux… On sent à la fin du roman que cette âme révoltée, insoumise, dans le bon sens de ces termes, ne demande qu’à s’épanouir et s’émanciper davantage.


Ce qui fait le principal intérêt de La saveur des figues, à mes yeux, c’est le lien entre Moana et Mémine, son arrière grand-mère, car toute l’histoire en découle. L’arrière grand-mère, d’origine française, fait-elle preuve d’égoïsme en entrainant sa petite-fille dans un voyage aussi dangereux, sous prétexte de tenter une dernière fois, avant de mourir, de retrouver l’homme de sa vie, en Corse ? Peut-être… Mais elle est surtout motivée, à mes yeux, par l’amour de Moana, l’envie de lui montrer qu’il y a d’autres voies, d’autres alternatives. Et surtout, ce besoin de lui transmettre ses connaissances, un véritable devoir de mémoire dans une société dont la politique s’active vers une acculturation à grande échelle.

Silène parvient, dans un roman court à l’écriture très accessible, à transmettre des valeurs et des messages forts sans se montrer maladroite (pas de 'démagogie' malvenue). Le résultat est d’autant plus touchant que Moana reste une adolescente, imparfaite, femme en devenir mais pas encore prête à quitter tout à fait l’enfance. Sa relation privilégiée avec Mémine est en ce sens très émouvante.

Au final, le seul passage qui m’ait dérangée, c’est celui de l’école à Pondichéry, car en tant qu’adulte je n’y ai pas adhéré. Par contre, je comprends ce que l’auteur a voulu faire passer comme message au public ciblé par son roman. C’est dans un sens assez proche, mais en plus extrême (moins de tact ?), de ce qui est décrit dans les Chroniques de l’Université invisible. Ce qui n'empêche pas que j'ai adoré ce roman et que j'ai hâte que sorte la suite, prévue d'ici quelques mois.

Moana est née à une époque qui succède à un bouleversement climatique majeur et dramatique. Un hiver quasi-permanent s’est installé et la Polynésie est désormais recouverte par la neige. Dans l’urgence de la situation, le gouvernement mis en place a pris des mesures extrêmes. L’une d’entre elle consiste à soutenir une politique nataliste, c’est la raison pour laquelle Moana devra bientôt se marier. Pour avoir des enfants, plusieurs enfants, le plus vite possible.
Cette vie toute tracée ne lui convient pas, elle le sait. Ses excellents résultats scolaires peuvent lui ouvrir l’autre voie, qui consiste à quitter sa famille pour faire des études à Pondichéry.
Cependant, Moana partage le secret de sa famille : Mémine n’est pas partie pour une maison du Souvenir, elle reste cachée, partageant ses connaissances de "l'avant catastrophe" comme autant de précieux joyaux. Et Mémine a peut-être une tout autre alternative à proposer à Moana.


Tome 2 : Le bateau vagabond

Je me doutais, vu la fin de La saveur des figues, que je n’aurais sans doute pas autant d’affinité avec le tome 2, ce qui a été le cas. Cependant je suis loin d’avoir été déçue car l’absente y reste présente en pensées, qu’on y croise une bande de compères, marins d’âme et de cœur, pour le moins attachants, le tout en retrouvant les personnages clé de La saveur.
On reste dans l’optique de se laisser porter par un roman d’aventures avec des choses sensées et intelligentes dedans.
La bonne surprise, c’est que le ton change subtilement. Moana a grandi, mûri aussi, et cela se sent.
Même si, pour les relations avec les garçons, il y a encore des progrès à faire. Les premiers chassés-croisés amoureux, les espoirs, les déceptions, les quiproquos : la jeune fille apprend que c’est bien plus compliqué qu’elle ne le croyait… Et ce n’est pas comme si elle n’avait que ça à gérer.


On retrouve dans ce roman l’écriture très accessible de Silène. Seul le temps de narration a changé. La transmission de valeurs et la lutte contre l’acculturation du premier tome y sont toujours aussi importantes. D’autant plus que la soif d’apprendre des personnages n’est pas limitée à une culture normalisée, il s’agit aussi de sauver des éléments de culture populaire, très révélatrice d’une époque et de ses mœurs, ce que j’ai trouvé vraiment bien. L’amour du cinéma partagé par Pierre et Chris est en ce sens vraiment contagieux (même si je ne comprends toujours pas pourquoi la collection qu’ils protègent et partagent n’est pas constituée de DVD dès le départ, vu son époque d’origine).

Par contre, les risques à prendre pour lutter contre l’opacité du pouvoir en place sont plus concrets, leurs conséquences plus graves. Moana est à peine plus âgée que dans La saveur, elle reste une adolescente, mais cette fois-ci elle est bel et bien catapultée dans des problématiques adultes qui la dépassent.
Notez que je pense que les romans peuvent se lire indépendamment, car le début du Bateau vagabond est assez clair pour qu’il soit accessible même sans avoir lu La saveur des figues avant (ce qui serait tout de même dommage, à mon sens, mais je ne suis pas objective).

Tout comme dans La saveur, il y a des points de détails auxquels je n’ai pas forcément adhéré (je ne m’attarde pas dessus pour ne pas en dire trop), mais cela ne m’a pas gâché la lecture. Par contre, je ne peux pas dire que j’ai apprécié, sur la fin, de voir un personnage clé du tome 1 sacrifié, bien que je comprenne l’importance symbolique de cette disparition. Moana devient adulte, l’engagement qu’elle prend ne se fait pas à la légère et peut avoir des conséquences dramatiques, surtout pour ses proches. L’émancipation et la rébellion ont un coût.
Heureusement, il y a Pierre, mon personnage préféré, de loin. Même dans le tome 1, je le trouvais super attachant. Son évolution, ce que laisse sous-entendre sa détresse vis-à-vis de celle de Chris, m’ont beaucoup touchée. J’espère que l’auteure le soignera dans le tome 3.
(si elle le sacrifie à son tour, je boude)

De village en village, dans une Corse couverte de neige, Moana conte et transmet sa connaissance d’un passé oublié. À ses côtés, Pierre et Chris projettent des films qui montrent comment était le monde avant la grande catastrophe. Mais le Gouvernement central, installé en Inde, ne l’entend pas de cette oreille. Malgré leurs précautions, Moana et ses amis sont arrêtés. Leur évasion ne leur laisse pas d’autre choix que de quitter la Corse à bord de l’Argo, un grand bateau dirigé par quatre vieux loups de mer.
Dans l’univers glacé et totalitaire de cette année 2052, commence pour Moana un long voyage émaillé d’aventures.


Tome 3 : A la source des nuages




Sans nouvelles de la Corse, l’équipe de L’Argo met le cap vers Girolata. [...] Conduits à Pondichéry, la capitale, ils s’interrogent : que sont devenues les maisons du Souvenir ? Quel est le projet fou du nouveau dictateur ? [...]


Les plus de la série :

- l’écriture dont le style sert le fond à la perfection, aussi douce, naïve et rebelle que Moana
- la description de ce monde plongé dans un hiver permanent
- les relations entre les générations : Mémine, sa fille, ses petits-enfants et arrière petits-enfants, la façon dont ils vivent ensemble et protègent le secret qui entoure Mémine ; puis les autres personnages adultes qui prennent le relais (Pierre, au hasard, si vous n'avez pas suivi)
- les voyages, les personnes rencontrées
- la lutte permanente contre l’oubli de toutes ces petites choses du passé qui pourraient être si importantes pour l’avenir

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