29 novembre 2010

Vegas Mytho

Roman fantastique et uchronique de Christophe Lambert, éditions Fleuve Noir.
(je ne sais pas si cela se dit, ‘uchronique’, mais passons)

Ce roman fait parti des quelques lectures que j’ai rapportées du festival Les Imaginales, fin mai, je l’ai lu rapidement dans la foulée pour lui éviter de disparaître quelque part dans ma pile à lire. Son auteur a été charmant même si, depuis les Utopiales où je l’ai recroisé, je crains de ne plus jamais être capable de lui adresser la parole (c’est la faute de Silène, si si ! le pire c’est que je ne peux même pas lui en vouloir, la fourbe, puisqu’elle croyait bien faire).

J’ajoute que la dédicace de Vegas Mytho m’a particulièrement fait rire quand j’ai débuté le roman, car le personnage principal – écrivain et narrateur – rapporte « Un garçon affligé d’une vilaine acné m’a demandé une dédicace. J’ai exécuté un dessin rapide et signé. Les dessins évitent à l’auteur fatigué de faire preuve d’esprit ou de panache. » (page 21, pour ceux qui veulent vérifier) : devinez la nature de ma dédicace ?
(si j’ai le courage un jour de demander une autre dédicace à Christophe Lambert, j’irai le matin mais pas de trop bonne heure non plus)



J’en viens au roman, ne vous impatientez pas !
Il se situe à la fin des années 50, dans cette Amérique en plein boum économique de l’après guerre, prospère, mais qui s’étouffe presque de son ton politiquement correct. Autant dire que le développement de Las Vegas en met les valeurs à mal et c’est bien ce qui en fait tout l’attrait. La grande majorité de l’intrigue s’y déroule, avec quelques escapades pas toujours bucoliques du côté des îles grecques.
Vegas Mytho donne le ton dès le départ et ne cache pas son postulat de base, celui d’une uchronie qui pose la question : « Et si les dieux existaient ? » Eh bien autant le dire de suite, s’ils existent, pour l’auteur du roman, ils se sont parfaitement adaptés à l’évolution des sociétés humaines… Opportunistes les dieux ? Si peu, si peu…

Thomas Hanlon, ancien prof, écrivain, poète et accessoirement alcoolique (quoiqu’en vérité, cela n’a rien d’accessoire), avec la tendance compulsive à brûler la chandelle par les deux bouts, ne quitte pas New York pour Las Vegas par attrait pour les machines à sous. Il fait ce long périple pour les beaux yeux de Sofia Stamatis. La jeune femme a entraîné son amant pour l’inauguration du dernier « caprice » de son richissime et charismatique père : un casino. Elle profite de la soirée pour présenter à Thomas les principaux membres du « clan Stamatis », dont sa mère, fière et blasée, qui commence par l’insulter avant de le prévenir de se méfier. Dans la famille, ils sont du genre manipulateur.
Refroidi par cet accueil, Thomas va cependant rapidement être pris dans un projet du chef de famille, ce qui va le placer aux premières loges d’évènements qui vont quelque peu le dépasser.

Les plus du roman :
- un dynamitage en règle et jubilatoire des « clichés » sur les panthéons (ils sont vraiment très humains, ces dieux !)
- le narrateur, qui me fait prendre conscience à quel point j’aime les personnages cabossés, abîmés, un peu looser dans l’âme sans être ni aigris ni blasés, et qui savent dresser la tête et agir quand il le faut (il est hyper attachant, Thomas Hanlon)
- le ton, le style, assez proches de ceux d’un polar, qui savent être crus si nécessaire
- l’intrigue qui soutient toute l’ossature du roman, avec de véritables surprises et rebondissements
- les choix du narrateur, surtout celui de la fin


[Edit] Ajout d'un point que j'avais "zappé" lors de la rédaction de la fiche...
Je n'ai pas apprécié qu'une fois de plus les mythes nordiques soient associés au nazisme (avis perso : que des nazis veuillent "récupérer" ces mythes, c'est une chose, que les divinités de l'époque, si elles existaient, adhèrent au nazisme au XXème siècle, là je ne suis pas convaincue du tout ! en plus il y a un souci géographique et cela revient à oublier que les germains avaient leur propre mythologie : pourquoi celle-ci n'est-elle jamais exploitée ? juste parce que Thor est connu et donc plus facile à exploiter ?)
Ce poncif est le seul truc qui m'ait vraiment sortie de ma lecture mais c'est aussi la raison pour laquelle je n'ai pas conseillé ce roman à mon homme, ça le ferait hurler.
Alors c'est vrai, c'est un passage court, peut-être 5 pages sur le roman, cependant c'est aussi un passage clé pour comprendre Sophia-Athéna ou alors l'auteur aurait mieux fait de le supprimer (je ne peux malheureusement pas en dire plus sans spoiler le roman donc je vais m'abstenir).
L'auteur a fait un choix qui m'a dérangée et qui dérangera d'autres que moi, j'estime que ça peut vraiment hérisser les amateurs de cultures nordiques et qu'il vaut mieux qu'ils soient prévenus.

Puis au passage, le discours pro-Napoléon de Sophia m'a aussi beaucoup fait rire. Donc il est clair que la façon dont on apprécie ou pas un roman dépend aussi de nos ressentis personnels et de nos rapports à l'histoire et à ses "grands" hommes.

Bref, désolée pour la dérive et restons-en à ce qu'est Vegas Mytho : un bon polar fantastique qui dynamite les panthéons (avec le recul, les dieux dans ce roman ressemblent à des X-men qui ne vieilliraient pas, cela explique que des lecteurs ont été déçus car ils attendaient une autre exploitation de leurs personnages, là je vous invite à lire les dissections batraciennes pour avoir d'autres retours que le mien).

2 commentaires:

  1. J'avais vraiment aimé ce roman... beaucoup d'action comme un bon film de truands... et des dieux un peu en baisse de régime mais qui ont encore de beaux restes pour se battre... ^^

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  2. Oui, c'est exactement ça et la compaison est très bien trouvée : c'est comme un bon film de truands !
    (sinon c'était quoi la subtilité ? les dieux sont éternels mais pas immortels ? ^^)

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