21 novembre 2010

La maîtresse des épices

Roman fantastique de Chitra Banerjee Divakaruni, traduit par Marie-Odile Probst, éditions Philippe Picquier, version Poche.

Puisque je me décide enfin à présenter ce roman, j’ai bien envie de l’annoncer par la mention : « attention, bijou ! ».
Il m’a été offert par Emma qui l'avait accompagné d'un délicieux petit mot disant en substance que ce roman est une merveille. Elle avait entièrement raison !


Ce roman parvient, avec un style d’une exquise poésie, à aborder des sujets graves et d’actualité, des sujets fondamentaux qui prennent racines dans le terreau du choc culturel, social et religieux des immigrants indiens aux USA. Le tout en y ajoutant de sublimes histoires d’amour ou de haines qui n’ont rien de superficielles et dont toutes les conséquences sont pesées et détaillées par l’auteur.
La narratrice elle-même a son propre combat intérieur à mener, et devra assumer ses choix jusqu’à la toute fin du roman qui m’a totalement séduite.
J’ignore si les lecteurs masculins peuvent autant apprécier ce roman que les lectrices, j’espère que Beorn le lira pour avoir son avis, car pour ma part il m’a touchée en plein cœur.

Tilo est une maîtresse des épices. Cachée sous l’apparence d’une vieille femme, sans âge, elle fait partie des murs de son épicerie, soumise à des règles strictes qui lui permettent d’utiliser son savoir pour aider et soigner les habitués de sa boutique.
Son histoire chaotique rappelle qu’elle n’a pas toujours été au service des autres et qu’il lui a fallu l’apprendre. Avec cette humilité qu’elle a acquise, en secret, elle utilise ses épices complices pour tenter d’atténuer ou de dissiper les malheurs de ses clients, ce qui est loin d’être facile car la boutique est située en Californie et c’est au peuple indien que l’une des règles exige qu’elle se dévoue. Elle en voit passer, des âmes et des corps en peine, de l’enfant déchiré entre ses deux cultures à la femme maltraitée persuadée que l’arrivée d’un bébé changerait tout.
Un jour, un homme différent des autres pousse la porte de la boutique : il semble voir Tilo telle qu’elle est vraiment. Elle s’attache, violant ainsi l’un des interdits fondamentaux des maîtresses : les épices, si exigeantes, pourraient ne pas accepter cette trahison et lui retirer ses pouvoirs.

Les plus du roman :
- un style qui frôle la perfection - à mon goût du moins, il est évident qu’il ne saurait plaire à tout le monde tant sa richesse poétique est exigeante – et qui ne se sépare jamais d’une sensualité étonnante
- la maîtrise des sujets abordés et le talent de l’auteur pour les fondre les uns dans les autres
- l’emploi du fantastique, toujours justifié : les épices sont des personnages à part entière et ne sont pas là « juste pour le décorum »
- la découverte de la culture indienne et des problématiques liées, en particulier pour les ados issus de l’immigration qui se retrouvent déchirés entre deux cultures littéralement incompatibles
- la note d’espoir qui maintient le récit, toujours, même aux heures les plus sombres
- le personnage de Tilo, si femme, si fort, prise en étau entre deux désirs qu’elle cherche à concilier au risque de se perdre

4 commentaires:

  1. L'Inde et le Japon me fascinent, j'avais entendu parler de ce roman, vous donnez vraiment envie de le lire, et si la poésie se glisse dans le style, je crois que je vais l'acquérir, bien à vous...

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  2. J'avoue que présenté comme ça, j'ai bien envie de me laisser tenter par les mystères de la maîtresse des épices, hé hé !!!

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  3. Ça fait des années que ce roman prend de la poussière dans ma PAL... il faudrait que je m'y lance !

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  4. Sincèrement, n'hésite pas à lire au moins le début, histoire de savoir si tu accroches ou pas. Connaissant (un peu) ton propre parcours, je pense qu'il y a des passages qui vont te bouleverser, mais j'espère que cela te plaira malgré tout.

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